Bretagne. Total va-t-il faire carburer les énergies marines ?

En Bretagne, le groupe Total traîne une grosse casserole derrière lui. Elle avait pour nom Erika et en venant, en décembre 1999, vomir une gigantesque nappe de pétrole, elle a soulevé le coeur des Bretons, pas encore tout à fait remis de l’Amoco-Cadiz. Mais Total reviendra peut-être sous de meilleurs auspices puisque le groupe vient de faire une entrée fracassante dans le secteur électrique français et promet d’investir massivement dans les énergies renouvelables. Entre autres, celles de la mer.

Cette arrivée inattendue se fait par l’acquisition de Direct-Energie, le troisième opérateur électrique français, valorisé actuellement à environ deux milliards d’euros. Ce groupe est connu en Bretagne pour son projet de centrale électrique à gaz, à Landivisiau dans le Finistère. Une unité de production qui aurait dû entrer en service en 2016, selon les plans initiaux, mais dont le dossier fait du surplace depuis plusieurs années. Les recours devant la Justice, les réserves de Bruxelles, le plafonnement de la consommation électrique en Bretagne que cette centrale doit venir alléger…

A ce jour, la région n’a traversé aucune situation critique justifiant l’urgence de cette réalisation, argument premier déployé à l’époque de la conception du projet. Et l’entrée en service de la future centrale nucléaire de Flamanville, en Normandie, devrait encore plus sécuriser la Bretagne. Mais l’arrivée de Total ne va rien modifier à ce dossier puisque c’est le PDG actuel de Direct-Energie, Xavier Caïtucoli qui va garder les commandes de la nouvelle branche électricité de Total.

En revanche, les ambitions affichées par le groupe dans les énergies renouvelables pourraient soutenir les énergies marines bretonnes. Car sous l’impulsion de Christophe de Margerie (décédé accidentellement en Russie) et d’un groupe d’actionnaires, la compagnie française est le pétrolier mondial qui investit le plus dans le renouvelable. A ce jour, c’est surtout le solaire, par acquisitions successives, qui a fait une belle percée dans l’éventail d’activités de Total.

Mais la mer figure aussi parmi les priorités renouvelables du groupe où il possède déjà une solide expérience. Les exploitations offshore ont fait de Total l’un des grands experts des technologies marines et on imagine les déclinaisons possibles en Bretagne, qu’il s’agisse de l’éolien en mer ou de l’hydrolien avec des machines posées sur le fond. Au passage, on rappellera que Areva et Alstom avaient manifesté des ambitions dans l’éolien marin avant de jeter toutes deux l’éponge et EDF a, elle aussi, suscité de gros espoirs avec son installation hydrolienne devant Paimpol, avant de finalement plier ses gaules.

Autant dire que l’arrivée d’un opérateur de la taille de Total dans le renouvelable ne peut donc que rassurer la Bretagne. C’est un géant sur lequel peuvent s’appuyer les opérateurs mais aussi les élus. Car c’est peut-être le bon moment pour rappeler au groupe Total qu’il a une dette envers la Bretagne, depuis un certain 12 décembre 1999. Avec entre autres, un gros coup de pompe pour le tourisme breton qui connut plusieurs années de disette, notamment auprès de la clientèle étrangère, après les images catastrophiques tournant en boucle sur toutes les télés du monde.

René Perez
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