Bretagne. Le plan de relance doit aussi servir à la pêche

Les éclats de voix autour du Scombrus résonnent encore. Jamais l’inauguration d’un navire de pêche en Bretagne n’avait créé autant de remous que ceux qui viennent de secouer le port de Concarneau avec le lancement de ce navire-usine de 80 mètres de long.

Il est vrai qu’on est ici dans un scénario en trompe-l’oeil avec ce lancement en Bretagne d’un navire qui n’a quasiment aucune attache avec la région. Il a été construit en Norvège, appartient à une société hollandaise qui ne débarquera pas sa pêche en Bretagne mais dans des ports hollandais. Autrement dit, dans les cuisines bretonnes on mangera bientôt du poisson pêché par le Scombrus, bateau immatriculé à Concarneau, mais débarqué par milliers de caisses dans des ports néerlandais.

On est ici dans le hors-sol appliqué à la mer car ce bateau, capable de pêcher en une nuit l’équivalent de la pêche vendue en une journée sur le port de Lorient, n’est breton que par la filiale qui lui sert de passerelle et français que par les quotas qu’il s’approprie ainsi. Même son nom sert à maquiller le montage de cette opération. Scombrus n’est ni français, ni hollandais, cela signifie maquereau en latin. Belle trouvaille pour ménager toutes les susceptibilités.

Ce navire-usine ne relève ni plus ni moins que d’un captage de quotas français, sans retombée sur les activités en Bretagne, si ce n’est l’incidence néfastes sur les réserves halieutiques. Ce navire usine a beau ne pas pêcher très près des côtés, ses prises astronomiques sur des espèces comme le chinchard, le maquereau ou le merlan bleu auront une incidence sur l’ensemble de la chaîne de ces espèces.

Mais il ne faudrait pas se contenter de jeter le galet sur les dos des Hollandais. Ils sont très doués en affaires, savent prendre des risques et connaissent bien la mer. Car l’affaire du Scombrus met surtout crûment en évidence la faiblesse de la filière pêche en France et sa difficulté à se projeter sur l’avenir et donc à lancer des investissements dans des nouveaux bateaux. Un chalutier de 20 mètres, c’est à peu près 3 millions d’euros et on peu comprendre les hésitations d’investisseurs potentiels surtout quand le Brexit et l’avenir des eaux britanniques assombrissent l’horizon et annoncent même quelques coups de tabac.

Il n’en reste pas moins que le Scombrus vient apporter une réponse cinglante à cette interrogation de la part des Hollandais et que le manque d’investissement français ne date pas d’aujourd’hui. Il est économique, culturel et à vrai dire assez surréaliste. Un pays qui possède autant de côtes et le deuxième domaine maritime mondial importe chaque année pour plus de 4 millards d’euros de poissons !

Alors peut-être le plan de relance lancé par le gouvernement peut-il se présenter comme une opportunité de mettre les choses sur la table et d’aiguiller des financements vers un secteur d’activité qui a grandement besoin de renouveler sa flotte et de lancer des navires plus économiques et plus écologiques. C’est du reste sur ce terrain de l’écologie qu’il y aura le plus de financements disponibles et louper cette opportunité quasi-historique, ce serait se condamner à voir de plus en plus de Scombrus venir s’amarrer dans nos ports juste pour l’inauguration. Et bye-bye après…

René Perez
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