Bretagne. Le ras l’bol fiscal des bonnets rouges aux gilets jaunes

20.000 manifestants samedi et des prolongations dimanche. La Bretagne a pris toute sa part au mouvement des gilets jaunes dont l’une des initiatrices a été la Morbihannaise Jacqueline Gourault et sa vidéo vue cinq millions de fois. Des chiffres astronomiques qui ont pu fausser les pronostics puisque les plus optimistes d’entre eux misaient sur quelques millions de manifestants dans tout l’Hexagone. Ce ne fut pas le cas mais l’ampleur du mouvement a prouvé que la colère citoyenne a trouvé avec les réseaux sociaux une caisse de résonance et un levier pour mobiliser des bataillons de manifestants, sans passer par les corps intermédiaires politiques ou syndicaux, canaux jusqu’ici quasi-incontournables.

La puissance d’internet est aujourd’hui telle qu’on peut penser que si les bonnets rouges avaient pu disposer d’une telle force de frappe, ils auraient été les premiers à inaugurer cette nouvelle forme de mobilisation générale. Souvenons-nous de la fin 2013 et cette France qui se met à se couvrir de bonnets de toutes les couleurs, dans le sillage du mouvement parti de Bretagne. La contestation contre toute forme de taxe gagne le pays et si les réseaux sociaux avaient eu la formidable puissance qu’ils ont acquise ces dernières années, le gouvernement Ayrault n’aurait sans doute pas survécu. Et François Hollande se tiendrait un peu plus en réserve, oubliant que c’est sous son quinquennat que la thématique du ras l’bol fiscal est entré en force dans le vocabulaire contestataire.

Alors, que faire du mouvement aujourd’hui ? Pas simple de survivre. Les bonnets rouges en sont une bonne illustration. Cristian Troadec et Thierry Merret, les deux chefs de file du mouvement breton, avaient réussi a rassembler 3.000 personnes en salle, à Morlaix, pour poser les bases d’une organisation. Une participation qu’aucun parti politique n’aurait été en mesure d’atteindre. Elle se traduisit par la création de comités locaux très actifs mais pendant peu de temps, faute de carburant. La fin de l’écotaxe sonnait le glas de leur revendication principale et les privait de leur première raison d’être.

Avec les gilets jaunes, pas question de création de comités locaux. A vrai dire, ils ne justifient plus maintenant que les réseaux sociaux ont prouvé qu’on peut sonner le tocsin et mettre des centaines de milliers de manifestants dans les rues, sans avoir à disposer d’une structure d’organisation et de relais intermédiaires. En quelque sorte, le mouvement des gilets jaunes est la première illustration nationale de l’ubérisation de la contestation. Internet peut tout faire. Après ce 17 novembre, les partis politiques comme les syndicats vont devoir se poser quelques questions. Et le gouvernement carburer d’urgence pour trouver une parade car lundi matin, les blocages se poursuivaient encore dans de nombreux points stratégiques du pays.

René Perez
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