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Bretagne. Les premiers touristes avaient la dent dure

La Bretagne est aujourd’hui une région très ouverte aux touristes et qui se donne les moyens de bien les accueillir. Mais les premiers touristes, qu’ont-ils découvert en arrivant en Bretagne ? Que les autochtones sont plutôt accueillants mais que dans leur mode de vie, il y a des détails qui clochent… C’est ce qu’ils disent parfois crûment en réponse à une enquête de Ouest-Eclair (ancêtre de Ouest-France) qui, en 1924, a voulu recueillir l’opinion des touristes sur les conditions de leur séjour, sorte de Tripadvisor avant l’heure. Ca ne manque pas de sel !

Prenons ce vacancier qui passe ses vacances à Saint-Malo. Certes, « la côte est tellement belle » comme il l’affirme, mais niveau logement il trouve à redire :

« J’ai loué cette année, à Saint-Malo par correspondance deux belles pièces donnant sur la mer . En réalité les deux belles pièces se réduisent aux dimensions strictement suffisantes pour que s’y inscrivent deux lits, dont un pliant, une table et deux chaises. Et si l’on a vu sur la mer, c’est par un vasistas à hauteur de girafe » (…) Ne parlons pas du prix qui est honnêtement élevé, comme le vasistas »

On appréciera l’humour de l’estivant.
Encore ne s’agit-t-il là que d’une petite arnaque dans une ville qui laissera à la postérité l’expression « A Malouin, Malouin et demi », rappelant qu’il faut toujours se méfier d’un corsaire à terre.
Si les touristes trouvent parfois qu’ils dépensent plus que de raison, notamment un vacancier à Erquy qui estime qu’ « elle est plus chère qu’à Paris » ( !), là n’est pas leur principal grief. Non, ce qui les dérange avant tout, ce sont les questions d’hygiène.

« En empestant le voisinage »

A Erquy toujours, un touriste pointe du nez les pratiques des bouchers :

« Les bouchers, faute d’abattoir municipal, tuent chez eux et, quand ils perdent de la viande par les jours d’orage, cette viande est jetée par eux dans des dépotoirs situés dans les champs voisins où elle pourrit en empestant le voisinage. »

Parfois, cela va un peu plus loin, mais les lecteurs font toujours preuve d’un phrasé exemplaire et d’une littérature exquise, même pour dénoncer quelques habitudes « surprenantes » de nos ancêtres bretons. Ainsi de ce touriste installé sur l’île Tudy :

« Le privilège auquel tiennent le plus les marins de l’île, qui d’ailleurs sont courtois, aimables même pour la population estivale, à laquelle ils rendent volontiers service, le privilège, dis-je, auquel ils tiennent le plus, est celui qui consiste à déposer sur la grève ce qui n’a pas été utilisé dans la digestion. C’est un spectacle monotone mais qui par contre ne connaît point de relâche. Sans intérêt pour les adultes. Il est cependant plein d’enseignements précoces et fâcheux pour les enfants qui fréquentent la grève. »

Qu’en termes élégants ces choses là sont dites.

Le pot-à-eau et la citerne

Avec l’hygiène viennent évidemment les problèmes d’approvisionnement en eau, particulièrement sur les îles. Ainsi à Bréhat, un vacancier se plaint-il ainsi :

« Le manque d’eau courante (gâte cette villégiature). Pour la toilette et les lavages, on est réduit au vieux système du pot-à-eau et de la citerne. C’est un régime assez désagréable, surtout pour des familles nombreuses, lorsqu’il faut s’y adapter pour un mois. »

Parfois, c’est la nourriture qui est visée. Toujours sur Bréhat :

« Le pain rappelle beaucoup celui que les nécessités de la guerre nous contraignaient à manger en 1917-18. »

Oui, décidément les lecteurs de Ouest-Eclair avaient beaucoup de choses à dire. On notera deux choses toutefois : les lettres publiées soulèvent à chaque fois un problème. Logique : l’un des objectifs du journal était d’inviter les vacanciers à faire des propositions pour améliorer les conditions de séjour et ce dans « l’intérêt général ». Surtout, il est heureux de constater que malgré certaines récriminations, tous ceux qui ont écrit au journal ont à chaque fois souligné soit la gentillesse, soit la disponibilité, soit la courtoisie des Bretons. Quand ce n’était pas les trois.

Et ça, ça n’a jamais changé !

Julien Perez
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