La Bretagne en première ligne dans le bras de fer commercial

La Bretagne est une région particulièrement impliquée dans les deux branches essentielles du commerce physique. Avec sa dominante rurale, elle compte un maillage serré de petits commerces traditionnels, pas en très bonne santé. Mais elle constitue également une région majeure dans la grande distribution. Avec le groupe Leclerc, créé à Landerneau, aujourd’hui acteur primordial du commerce français mais aussi le groupe Intermarché, créé par le lorientais Jean-Pierre Le Roch qui avait fait ses premiers pas dans le sillage d’Edouard Leclerc.

C’est dire si ce week-end de bras de fer commercial a été particulièrement suivi en Bretagne où le monde des petits commerçants s’est clairement manifesté en fin de semaine dernière. La grogne s’est traduite par le soutien d’élus locaux, certains maires allant jusqu’à prendre des arrêtés d’ouverture des commerces de leurs communes. Arrêtés aussitôt attaqués par les préfets tandis que les commerçants étaient invités à baisser leur rideau par intervention des forces de l’ordre.

Mais la contestation a suffi pour infléchir la position du gouvernement tant les arguments des petits commerçants sont légitimes. Pourquoi des produits non essentiels peuvent-ils être vendus dans la grande distribution alors qu’on fait fermer les commerces dont c’est la spécialité ? y a-t-il plus de risque de contamination dans une boutique avec quatre personnes que dans un hypermarché où se croise un millier de clients en une journée ? Et un salon de coiffure sécurisé doit-il fermer quand des coiffeuses et coiffeurs à domicile se rendent dans des logements sans garanties sanitaires ?

Les arguments ont porté. Mais le gouvernement n’a pas pour autant autorisé une réouverture des commerces traditionnels. On ne peut le faire, a annoncé dimanche soir le premier ministre Jean Castex, la reprise du virus est trop forte pour autoriser des ouvertures qui engendreraient un surcroît de circulation du virus. C’est l’autre option qui a été choisie avec l’interdiction aux grandes surfaces de vendre des produits non essentiels. La satisfaction était de mise dans le petit commerce alors que les représentants de la grande distribution regrettaient cet accord « perdant-perdant ». Avec une cible évidente : Amazon qui écrase soudain toute concurrence dans le commerce physique et peut continuer à fonctionner puisqu’il n’accueille pas de public.

Mais le gouvernement peut-il encore longtemps montrer une telle impuissance face à ce mastodonte du commerce en ligne qui, en prime, ne paie pratiquement pas d’impôts en France.

René Perez
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider