Bretagne. La flambée du porc refroidit l’agroalimentaire

En six mois, le prix du porc breton a augmenté de plus de 40 % au marché de Plérin. Il a passé la barre des 1,70 €/kg et commence à flirter avec les sommets de ce marché qui fait la cotation pour l’ensemble de l’Hexagone, la Bretagne fournissant à elle seule plus du tiers du tonnage national.

Certes, ce n’est pas la première fois que le marché enregistre des mouvements d’une telle amplitude dans un sens ou un autre. On a même connu bien plus spectaculaire avec des prix passant du simple au double en un an (0,91 € en janvier 2000, 1,82€ en mars 2001).

Le mouvement haussier pourrait-il maintenant connaître une brusque inversion de tendance ? A priori, ce n’est pas ce qui se dessine. Toujours sévèrement touchée par la fièvre porcine africaine qui a décimé une grande partie de son cheptel, la Chine est à l’origine de cette flambée des cours et manifeste déjà, pour l’année prochaine, des attentes qui devraient affermir encore cette bonne tenue des prix. Elle fait bien sûr les affaires des producteurs de porc breton qui, après la crise ouverte en 2015 (1,07€ en décembre) connaît enfin une période très bénéfique où elle peut refaire du gras dans sa trésorerie. Et recommencer à investir, notamment dans la méthanisation dont on sait qu’elle peut apporter une solution pour la résorption des effluents, notamment dans la partie des Côtes-d’Armor encore sévèrement touchée cette année par les algues vertes.

Mais dans ces mouvements de yoyo tarifaire, il y a toujours des gagnants et des perdants. Cette fois, c’est l’ensemble de la chaîne agroalimentaire bretonne qui s’inquiète de cette hausse continue dont elle supporte la quasi-intégralité. Comme d’habitude, la grande distribution se retranche derrière les accords déjà signés avec les industriels et n’a consenti, ici et là, que de petites avancées. Les industriels, eux, estiment qu’ils ne peuvent attendre les négociations 2020 et qu’ils commencent à être étranglés par ces tarifs qui devraient encore prendre de l’ampleur.

Alors que faire ? La fédération des industriels de la charcuterie vient de proposer la mise en place d’un mécanisme d’ajustement des prix d’achat, avec un indice d’évaluation d’une vingtaine de pièces de découpe. Il servirait à amortir les mouvements brusques, d’un côté comme de l’autre, en mettant les industriels à l’abri de hausses dévastatrices.

Toujours hostiles à ce genre de mécanismes, la grande distribution a tendance à faire la sourde oreille. La producteurs de porcs, à l’inverse, poussent à la roue pour ce type de garantie de prix, conscients que s’ils profitent actuellement de cours très rémunérateurs, la situation peut mener au fossé nombre d’industriels si la hausse s’amplifie encore. Ce serait un mauvais coup pour les éleveurs eux-mêmes quand on sait que trois-quarts de leur production sont destinés à l’industrie de transformation.

René Perez
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