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Bretagne. Plus de 150.000 personnes touchées par l’illettrisme

C’est un mot tabou. Et plus encore, en Bretagne, depuis qu’un certain Emmanuel Macron, alors ministre, avait fait référence aux « illettrées de chez Gad », provoquant un séisme médiatique qui envoie parfois encore quelques secousses. Et pourtant, malgré la maladresse de son propos, celui qui est devenu président de la République mettait le doigt sur une véritable plaie.

Il avait été probablement informé par Richard Ferrand, député de la circonscription, de la double problématique de l’entreprise. 700 salariés allaient se retrouver sur le carreau et parmi eux, près de 130 avaient d’ores et déjà été classés comme « illettrés » par la cellule de reclassement qui avait procédé à des entretiens individuels. Tous ceux qui connaissaient le dossier le savaient. Mais le ministre n’avait pas mis les formes en parlant des « illettrées de Gad », recevant une telle volée de bois vert qu’il avait dû s’excuser par la suite.

Un manque de maîtrise des matières de base

Quatre ans plus tard, c’est le CESER Bretagne qui remet le sujet sur la table en prenant toutes les précautions d’usage. Ici, on évite de parler « d’illettrés », en optant plutôt pour « personne en situation d’illettrisme ». C’est moins abrupt et c’est surtout pour signifier qu’il n’y a aucune fatalité et qu’on peut sortir de l’illettrisme.

Car il ne faut pas confondre avec analphabétisme, terme indiquant l’absence de maîtrise complète de la lecture ou de l’écriture. On ne sait pas lire, on ne sait pas écrire. L’illettrisme fait référence à un manque de maîtrise de ces matières de base par des personnes qui ont fréquenté l’école mais en sont sorties sans avoir acquis ce minimum quasi-vital. Car la vie est bien compliquée quand on ne peut faire face à certaines situations quotidienne quand il faut lire, comprendre ou écrire. Un calvaire disent beaucoup de ceux qui s’en sont sortis.

20 % des jeunes entrant en CAP

Pour le CESER, la Bretagne n’échappe pas à ce fléau. Le conseil économique et social estime qu’au moins 150.000 Bretons sont concernés, d’après les extrapolations établies à partir de données nationales. Un chiffre énorme pour une région réputée pour la qualité de ses résultats scolaires. La course à la réussite dans laquelle sont engagés l’enseignement public et l’enseignent privé laisserait-elle autant de déclassés sur le bord de la route ?

Selon une autre étude menée à son initiative, le CESER indique également qu’environ 20 % des jeunes entrant en CAP en Bretagne sont eux aussi en situation d’illettrisme ! Un constat brutal qui a déjà suscité des plans de lutte mais qui ne sont pas faciles à mettre en œuvre avec des personnes qui ont généralement très mal vécu leur passage à l’école. Et qui ne tiennent donc pas à y retourner.

Un bon sujet à mettre sur la table du Grand débat national puisque le conflit des gilets jaunes a révélé une France invisible. Et très probablement en butte à ces problèmes d’illettrisme dont personne ou presque ne veut parler.

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