Bretagne. Comment mieux protéger les terres agricoles ?

Les pays de l’Est ont été les premiers touchés. Roumanie, Pologne, Hongrie… Et puis l’ex-Allemagne de l’Est à son tour. Aujourd’hui, c’est en France que l’inquiétude gagne, depuis que des acquisitions très médiatisées de terres agricoles ont montré à quel point les investisseurs-spéculateurs veulent mettre le terroir à hauteur du tiroir-caisse. Et quand ces acquisitions sont faites par des Chinois, très actifs sur ce nouveau marché, l’inquiétude ne fait que redoubler de voir la terre agricole devenir terre de spéculation, sur une planète qui aura de plus en plus de difficultés à nourrir tous ses habitants.

La Bretagne, à ce jour, est plutôt à l’écart. La structure de ses exploitations agricoles et la parcellisation des sols ne la mettent pas au rang des cibles prioritaires. Ce sont plutôt les grandes étendues et les sols riches du territoire hexagonal que aiguisent les appêtits. Mais ici aussi, on suit avec attention ce phénomène d’accélération des acquisitions de terres agricoles. Et on compte sur un dispositif national pour stopper tout mouvement de bascule du monde agricole vers l’univers de la finance.

Une mission parlementaire va, dans les prochains jours, débuter ses travaux pour mieux protéger ces terres agricoles qui représentent aujourd’hui environ 51 % de la surface du pays. Elles sont encore légèrement majoritaires mais avec une baisse de 7 % sur les 30 dernières années, inutile de dire que la bascule minoritaire ne tardera pas. Et la Bretagne n’est pas la plus protégée, bien au contraire, quand on sait qu’entre 1985 et 2005, où le grignotage des champs bretons a été particulièrement fort, on a artificialisé plus de terres que dans les vingt siècles précédents !

Avec cette tendance d’une possible concentration des terres dans les mains d’investisseurs, on imagine toutes les conséquences économico-sociales qui pourraient en découler. Avec le travail de cette mission parlementaire, il est d’ores et déjà acquis que la législation va être renforcée. Des pistes de travail sont déjà sur la table, au premier rang desquels un tour de vis législatif sur le droit de préemption que détiennent les SAFER, ces organismes chargés de de veiller à l’aménagement rural et foncier. Ce sont elles qui doivent veiller à la transmission des terres agricoles et à l’installation des jeunes en faisant jouer ce droit de préemption quand le besoin se fait sentir. Or, des acquisitions récentes, notamment par des investisseurs chinois, ont montré que des coups de billard à trois bandes peuvent permettre de contourner la législation sur ce droit de préemption ? Et comment les Safer pourront-elles suivre si les prix des terres s’envolent sous la pression de la spéculation ?

Dans ce défi de la mondialisation appliquée aux terres agricoles, il faut tout mettre sur la table et regarder notamment ce qui se fait ailleurs en Europe communautaire, puisque le problème touche maintenant l’ensemble de l’Union. Et le grignotage se manifeste à tous les niveaux, y compris par l’artificialisation des terres pour de la construction alors que les centre-villes et le coeur de milliers de villages se sont vidés. Nicolas Hulot a dans sa manche la taxe béton et il compte bien la brandir un de ces jours.

René Perez
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