armor lux

Bretagne. La marinière traverse toutes les modes.

Après Brest, voilà Douarnenez, les bateaux, les voiles, les chants et bien sûr la marinière. Elle est de toutes les fêtes maritimes et si associée à la Bretagne que dans les pays anglo-saxons, on traduit souvent marinière par « breton shirt ». Connue elle l’est, et n’a pas attendu d’être portée par un Ministre du redressement productif pour plaire à tout le monde. Depuis près d’un siècle, elle est même devenue un élément constitutif de la garde robe française. Mais connaissez-vous son histoire ?

La marinière est apparu dès le 17ème siècle. Du moins son ancêtre, devrait-on dire, un tricot blanc rayé de bleu ou de rouge parfois. Et pourquoi la rayure s’est-elle imposée à cette époque ? Parce que le vêtement ainsi conçu aidait au repérage d’un homme dans la mature ou pire, à la mer quand une chute malencontreuse s’achevait dans les flots. Le vêtement rayé envahit ainsi tous les ports, à tel point qu’en France, la Marine se résolut à l’adopter officiellement dans le paquetage des matelots.

De militaire masculin à féminin civil

C’est par décret du 27 mars 1858 que fut promulguée la liste officielle des composantes de l’uniforme des hommes d’équipage de la Marine française. Le tricot rayé en faisait partie : « Le corps de la chemise, précise le texte, devra compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus large que les 20 à 21 rayures bleu indigo». C’est précis. C’est militaire. Bientôt, tous les matelots et autres quartiers maîtres l’enfileront sous leur vareuse. Les officiers ? Allons donc, aucun ne saurait porter des rayures rappelant bien plus la tenue du bagnard que l’habit d’apparat.

Qu’à cela ne tienne. La marinière, peu considérée par les gradés, finit par avoir ses lettres de noblesse quand Gabriel Channel, qu’on n’appelait pas encore Coco, fait entrer le tricot rayé au rayon de la mode. Il y un siècle tout juste, cet accessoire vestimentaire quitte les rangs de l’armée au masculin pour devenir civile au féminin. Ce sont les femmes d’abord, qui adoptent ce tricot, dans le sillage de la mode des petits marins qui gagne tous les sites balnéaires. Les femmes se débarrassent de leurs oripeaux séculaires et pesant pour adopter des vêtements légers et pratiques avec un brin de fantaisie.

De Bardot à Jean-Paul Gaultier

Coco Chanel a ouvert une voie dans laquelle vont s’engouffrer nombre d’autres vedettes de la mode, surtout dans les années 60 quand Brigitte Bardot, sur la plage de Saint-Tropez ou Jean Seberg, dans A bout de souffle, viennent sublimer le port du tricot rayé. Tout le monde s’y met y compris Picasso, qui en porte régulièrement et l’introduit dans ses toiles, ou encore le mime Marceau, VRP du rayé tant il l’exhiba sur toute la planète.

Mais de tous les créateurs de mode, le plus inspiré par ce vêtement fut bien sûr Jean-Paul Gaultier qui le déclina sur toutes les formes et tous les supports, avec une telle modernité qu’elle réussit même à convaincre les instances du football français de doter l’équipe de France de maillots rayés. Courte expérience tant les joueurs avaient l’air de plagistes pas vraiment inspirés.

Et comme la marinière est sur toutes les scènes, elle est devenue un temps le symbole du Made in France sur le dos d’un ministre, donnant un nouveau rebond à un vêtement qui n’a pas fini de tracer sa route en voguant sur toutes les modes. Et c’est bien sûr Armor Lux, l’entreprise quimpéroise, qui en a fait le vêtement le plus emblématique de sa marque. L’entreprise en produit entre 400 000 et 500 000 par an ces dernières années. Ce qui représentent quelques deux millions de rayures…

Julien Perez
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