Bretagne. Du gaz de ville au gaz des champs

Pour rattraper son retard, la Bretagne met les gaz. Les projets de méthanisation se sont multipliés ces temps derniers pour transformer les résidus de l’élevage en énergie propre et renouvelable. Dans ce domaine, la Bretagne n’a pas vraiment fait la course en tête, malgré les engagements de l’Etat. En 2011, Nicolas Sarkozy était venu dans la presqu’île de Crozon (Finistère) pour lancer un plan de préservation du littoral qui reposait notamment sur un fort développement de la méthanisation. On vivait alors en pleine crise des algues vertes, grandement liées aux épandages de lisier dans les champs, et ce procédé technique semblait une solution adaptée aux marées vertes qui secouaient la Bretagne et faisaient fuir les touristes.

Objectif : parvenir à faire de la méthanisation une activité intégrée dans l’exploitation agricole, à l’image de ce qui se passe en Allemagne où le traitement des effluents et la production d’énergie offrent un appréciable complément de ressources aux agriculteurs. Mais les orientations dictées par Sarkozy n’ont pas beaucoup accéléré le mouvement, tant la méthanisation suppose de très gros investissements et l’assentiment du voisinage face à la perspective de voir défiler les camions. Mais dans un cas comme dans l’autre, la Bretagne n’est pas l’Allemagne. Les ressources financières sont bien moins florissantes et la densité de l’habitat breton est source d’opposition parfois très résolue.

La méthanisation a donc encore végété pendant des années mais, cette fois, le mouvement semble bien amorcé. Les projets se sont multipliés ces derniers temps, atteignant même des tailles insoupçonnées à l’image du méthanisateur qui vient d’être inauguré à Lamballe, au coeur du plus important bassin breton d’élevage porcin. Il s’agit ni plus ni moins que du plus grand méthanisateur d’Europe, sans rejet dans les champs.

C’est la Cooperl qui porte ce projet de 17 millions d’euros destiné à traiter les résidus d’élevage et les eaux résiduelles d’abattoirs, la fermentation de toute cette matière organique produisant du biogaz destiné à passer dans le réseau public de Gaz de France. Selon les initiateurs du projet, ce sont 3.200 foyers qui pourront ainsi être approvisionnés, les 3/4 de la ville passant ainsi « du gaz de ville au gaz des champs », selon l’expression inspirée de Marc Le Fur, député de cette circonscription.

Les ingénieurs de Cooperl Environnement ont beaucoup travaillé à la production d’énergie renouvelable en direction également du biocarburant. D’ici à deux ans, selon les prévisions du groupe, la majorité des poids lourds et véhicules du groupe devrait rouler avec un biodiesel produit à partir de déchets graisseux. La Cooperl entend ainsi devenir une vitrine technologique des procédés de méthanisation, bénéficiant de sa situation au coeur d’un bassin d’élevage où ce type de projet industriel passe plus facilement que dans d’autres territoires bretons. Ses performances seront suivies de près, y compris du côté de la baie de Saint-Brieuc où le phénomène des algues vertes est solidement ancré.

René Perez
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider