Bretagne. Tous ces emplois qui ne trouvent pas preneurs

Le décalage entre les demandeurs d’emplois et le marché du travail s’est-il à ce point creusé ? En Bretagne, ces derniers mois, les exemples se sont multipliés d’offres d’emplois non pourvues qui étonnent, voire même inquiètent les dirigeants d’entreprises. La plus insolite vient de Douarnenez où faute de candidats à une quarantaine d’emplois, les dirigeants de la conserverie Chancerelle ont résolument mis le cap sur l’Ile de la Réunion pour aller recruter du personnel. Et boucler ainsi leur effectif. Idem dans la bâtiment où la pénurie de main d’oeuvre s’accentue. Elle a fait des heureux : un cycle de formation a été spécialement mis en place en faveur de réfugiés récemment installés en France. Mais ce ne sera qu’une goutte d’eau.

Du côté des entreprises chargées du déploiement de la fibre optique en Bretagne, on craint de ne pas pouvoir tenir les délais. Un milliard d’euros seront consacrés à cet énorme chantier sur le territoire breton mais les échéances de 2022 ne seront sans doute pas tenues. En cause, le nombre insuffisant de candidats pour les 1.250 nouveaux postes en vue alors que les entreprises déjà engagées sur ce vaste chantier ont du mal à recruter. Et pas au SMIC. Idem dans la pêche. La profession craint le pire pour certains armements tant le nombre de postulants est décalé par rapport aux énormes besoins qui se profilent. Dans l’industrie navale aussi, on parle maintenant de pénurie de main d’oeuvre. A Montoir, près de Saint-Nazaire, le dirigeant de l’entreprise Synergie témoigne dans Ouest-France: « Depuis 25 ans que je travaille ici, je n’ai jamais vu une telle tension sur le marché du travail ». A la seule lecture de la presse régionale, les exemples ont fleuri ces derniers mois, entre autres sur la pénurie chronique en hôtellerie-restauration qui oblige parfois les professionnels à fermer un jour de plus par semaine.

L’un des plus faibles taux de chômage

Alors où faut-il chercher les raisons ? D’abord dans le taux de chômage en Bretagne, l’un des plus faibles des régions françaises. 7,5 % au deuxième trimestre 2018 (dernier chiffre de l’Insee), grâce notamment à l’Ille-et-Vilaine (6,8%) qui tire la tendance vers le bas. En France métropolitaine, les taux est à 8,7 %, soit 1,2 points de plus que la Bretagne et la différence monte même à quatre points avec les Hauts-de-France, région la plus touchée (11,3%). Mais quand on sait que malgré son taux relativement flatteur, la Bretagne recense plus de 100.000 demandeurs, il reste encore de la marge avant le plein emploi.

Plus globalement, les métiers proposés souffrent d’un déficit d’image que toutes les campagnes de communication n’arrivent pas à résorber ou sont d’une pénibilité qui fait reculer les candidats. Ce qui semble être le cas dans le vaste programme de déploiement de la fibre optique en France. Peut-être aussi faut-il y voir, en Bretagne, le fort attachement des Bretons à leur commune. Ils répugnent à déménager pour un emploi, d’autant qu’il y en a souvent deux dans le foyer, et préfèrent faire des kilomètres quotidiennement, ce qui classe les Bretons dans le peloton de tête des plus mobiles pour se rendre chaque jour à leur travail. Quand le prix de l’essence s’envole, sous le double effet de la hausse des cours et des taxes, ça donne ce que l’on sait du côté des gilets jaunes.

Mais ce mouvement a aussi mis en exergue une autre explication à certaines pénuries d’emplois, avancée par les gilets jaunes eux-mêmes. A quoi sert-il d’aller travailler pour un faible salaire et des taxes quand on peut finalement s’en tirer presqu’aussi bien en restant sans travailler, en quête de toutes les aides sociales ? Une redoutable question quand elle émane de la base la plus active du pays.

René Perez
1 Commentaire
  1. Très bon article qui reflète bien la réalité bretonne.
    Avec la performance du bassin d’emplois de Vitré.
    Néanmoins, à Brest et ailleurs, Pôle Emploi est sur tous les fronts et propose de
    plus en plus de former les chômeurs pour faciliter leur réinsertion.
    Exemple réussi chez Novatech Technologies à Pont de Buis.

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