Bretagne. La dispersion de l’habitat bride l’économie

En vingt ans, de 1985 à 2005, le nombre de surfaces artificialisées a doublé en Bretagne. Autrement dit, en deux décennies à peine, les Bretons ont plus consommé de surfaces naturelles que toutes les générations qui les ont précédées depuis plus de 2.000 ans ! Cette statistique, établie au plus fort de la mutation foncière de la région, reflète l’une des caractéristiques de la Bretagne : la dispersion de son habitat. Un record de France du mitage.

Mais en corollaire, cette particularité explique aussi la raison pour laquelle une grande entreprise régionale, la Sill, ne parvient pas à trouver un site pour l’implantation de sa future usine de lait. Plouvien, Milizac, Guipavas…  » On se fait jeter de partout « , ont déploré les employés finistériens eux-mêmes, en imaginant qu’il ne leur restera plus bientôt que le site de la bienommée Ile-Vierge, avec son phare pour faire office de tour de séchage du lait.

Derrière cette exaspération en forme de pirouette, il y a un double paradoxe. Refuser une usine et 70 emplois en période de crise, c’est désolant sur le plan du principe. Et ça l’est d’autant plus que l’agroalimentaire breton glisse peu à peu vers l’est de la région et que la pointe finistérienne ne peut donc pas s’offrir le luxe de laisser passer les opportunités économiques.

L’explication tient à la nature du territoire concerné par le projet de la Sill : ces zones périurbaines sont proportionnellement celles qui ont consommé le plus d’espaces au cours de ces dernières décennies dans une région ou chaque Breton occupe aujourd’hui l’équivalent de plus de 500 M2 artificialisés contre 276 en 1982. Nous sommes aussi dans un région championne de l’habitat individuel (71% contre 54% en France) englobant un grand nombre de résidences secondaires.

Cette forte dispersion de l’habitat à la pointe finistérienne, alors que le centre de Brest se dépeuple et que certains bourgs périclitent, débouche sur l’invraisemblable casse-tête auquel se heurte la Sill. Il se trouve toujours des riverains pour contester l’implantation d’une usine en raison de cette dispersion foncière qui a semé des milliers et des milliers de confettis dans la campagne bretonne. Et au-delà de la Sill, c’est un redoutable défi qui est lancé à toute la frange côtière de la pointe bretonne où on veut des emplois mais pas d’usine.

René Perez
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