La Bretagne face au défi des résidences secondaires

«  Les indépendantistes bretons en guerre contre les résidences secondaires ! ». Depuis quelques semaines, la presse nationale consacre quelques titres ronflants à la campagne lancée par les militants de l’association bretonne indépendantiste Dispac’h (révolte de breton) qui ne consiste pourtant qu’en placardage d’affiches avec le slogan «  Résidence secondaires. Villages en ruines, jeunesse en exil ». Comme slogan guerrier, on a quand même fait plus virulent.

Mais l’association soulève une vraie question puisque si l’on fait exception de la Corse et de ses 37 % de résidences secondaires, la Bretagne est la première région continentale avec un taux de 13 % devant Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côtes-d’Azur avec environ 10,5 % chacune. Il est vrai que la péninsule armoricaine a le plus long littoral de France en raison de son découpage en dentelle qui augmente singulièrement le kilométrage disponible, auquel s’ajoutent des petites mers intérieures comme le Golfe du Morbihan, la rade de Brest ou le baie de Douarnenez. Ça en fait des kilomètres !

Il faut y ajouter aussi un patrimoine littoral ancien qui permet de construire sur les ruines d’un vieux penty, sans contrevenir à la Loi littoral ou encore un prix du foncier nettement plus abordable que sur les côtes méditerranéenne, basque ou même normande.

Les prix font du yoyo

Alors, la résidence secondaire a prospéré avant de subir un double choc. Celui de l’éclatement des familles, qui a réduit l’intérêt pour ces résidences, mais aussi la crise immobilière de 2007 qui a soudainement multiplié les panneaux « A vendre » sur toutes les zones touristiques bretonnes. On pensait alors que la résidence secondaire avait du plomb dans l’aile pour un bon bout de temps mais la tendance s’est retournée, il y a deux ans. La raison ? Depuis la crise de 2007, les prix en Bretagne ont chuté globalement de 20 % environ. Redevenus attractifs, ces prix ont suscité un retour d’appétit auquel le phénomène Airbnb a apporté un attrait supplémentaire. La possibilité de louer facilement aux touristes pendant la belle saison a donné de l’allant à tout ce marché immobilier, dopant ainsi l’emploi dans toutes les zones touristiques concernées.

Mais l’association Dispac’h n’a pas tort quand elle met en exergue l’effet parfois désastreux de l’habitat secondaire. Il fait grimper les prix et rend l’accès à l’immobilier de plus en plus compliqué pour les jeunes couples, qui faute de pouvoir s’installer peuvent être tentés par l’exil. L’attachement des Bretons à leur terroir limite bien sûr ce phénomène mais nombre de communes ou intercommunalités bretonnes ne doivent pas oublier leurs devoirs en matière de construction de logements sociaux. En visant directement la résidence secondaire, Dispac’h a choisi la voie la plus médiatique pour enfoncer le clou.

René Perez
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