La Bretagne candidate au déconfinement territorialisé

Comment va se passer le déconfinement après ces quatre semaines de parenthèse ? Les indicateurs épidémiologiques sont encore bien trop haut pour envisager une réouverture générale à la mi-mai, chacun en est maintenant convaincu. Le niveau des contaminations, autour de 30.000 par jour, n’autorise pas les fantaisies, car si on extrapole avec la démographie, la circulation du virus est plus élevée qu’en Inde et ses 1,3 milliard d’habitants dont on parle pourtant beaucoup actuellement. Il est vrai que là-bas, c’est le virus mutant qui avive les inquiétudes.

Dans ce contexte sanitaire, la France va donc commencer à déconfiner à petits pas et peut-être même en territorialisant la levée des freins. Autrement dit, en commençant par certains secteurs d’activités, mais aussi par certains secteurs géographiques, en commençant bien sûr par les zones où le virus circule le moins. Et donc, forcément, la Bretagne se retrouve en première ligne avec d’autant plus de légitimité que c’est dans une interview donnée au Télégramme (très largement reprise dans toute la presse française) que le ministre a évoqué cette territorialisation du déconfinement.

De nombreux élus bretons ont repris la balle au bond, notamment le président de région Bretagne, Loïc Chesnais-Girard, et les professionnels actuellement bridés ne sont pas en reste. Eux aussi sont candidats à une reprise qui pourrait servir d’expérimentation avant ouverture dans les autres régions.

La première question qui se pose est de savoir quels secteurs d’activité pourraient être concernés (restaurants, cinémas, théâtres…). La seconde est encore plus ardue : quel territoire retenir pour sectoriser un éventuel déconfinement ? Au niveau de la région Bretagne ? L’hypothèse paraît peu vraisemblable tant les situations sont hétérogènes. L’Ille-et-Vilaine a un taux d’incidence de 291 pour 100.000 habitants (au 21 avril) et le Finistère de 89. Pas loin de quatre fois plus. Peut-on englober dans une même mesure des départements aussi sanitairement disparates.

Et peut-on aller jusqu’à une territorialisation locale, comme l’a suggéré Loïc Chesnais-Girard ? Le président du conseil régional a même d’ores et déjà localisé le secteur de Penmarc’h  comme zone où la réouverture des bars et restaurants pourrait être anticipée par rapport au plan national. La maire de la commune, Gwenola Le Troadec, est enthousiaste, mais il est tout de même peu probable que le gouvernement aille jusqu’à faire de la dentelle bretonne pour déconfiner.

La solution la plus judicieuse serait de retenir les départements pour des mesures d’anticipation. Et pas seulement pour la Bretagne. Dans d’autres régions, on trouve des situations voisines très contrastées. Les Alpes-Maritimes, qui ont vu leur niveau d’incidence enregistrer une forte baisse, voudraient être traitées séparément d’autres départements de la même région, comme les Bouches-du-Rhône, où le virus circule trois fois plus.

Reste que la décision est entre les mains du gouvernement. Et comme la prudence y est à la hauteur du niveau de contamination nationale, il ne serait finalement pas étonnant que les pouvoirs publics laissent le déconfinement progressif dans un tiroir pour s’en tenir à un plan national uniforme.

René Perez
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