Bretagne. Le boom immobilier au secours des finances départementales

Les élus locaux de France ont vigoureusement protesté en choeur contre les restrictions budgétaires imposées par l’État, après l’élection d’Emmanuel Macron. Et les voix des présidents de conseils départementaux n’ont pas manqué dans ce concert. Mais ces derniers, au fil des mois, ont baissé d’un ton dans l’intensité de leurs récriminations. Au point qu’on ne les entend pratiquement plus.

L’État leur aurait-il fait une fleur ? Macron aurait-il relâché l’étau de la rigueur ? Non, non. Si les présidents des départements sont aujourd’hui nettement moins revendicatifs, c’est qu’un jackpot leur est tombé du ciel. Ou plus exactement des briques. Des tonnes et des tonnes de briques alignées verticalement par le boom de l’immobilier en France après le grand plongeon des années de crise.

L’année 2017 a enregistré des records de transactions immobilières comme on n’en avait pas vu, dans certains secteurs, depuis les années 80. Tout, il est vrai, s’est conjugué pour tirer l’immobilier vers le haut. Des taux d’intérêt à marée basse, un stock important de biens en vente qui a tiré les prix à la baisse et encouragé les achats, un certain regain de confiance des investisseurs comme des particuliers, un effet de rattrapage après des années moroses… Avec, en bonus, le phénomène Airbnb qui incite à acheter appartement ou maison secondaire en sachant qu’on pourra les louer pour amortir la dépense. Le contexte a rarement été aussi porteur et la Bretagne figure parmi les régions ou le nombre de transactions s’est littéralement envolé. En pourtant, 2017 fut une année d’élection présidentielle, généralement une mauvaise période pour les investissements dans l’immobilier. Mais pas cette fois.

En 2017, en Bretagne, le nombre de transactions a été supérieur de 20 % à celui de l’année 2016 qui avait déjà enregistré une vigoureuse reprise. Et l’année en cours reste sous des vents porteurs. Les professionnels de l’immobilier sont les premiers gagnants de cette envolée spectaculaire et on a vu repartir à la hausse le nombre d’agences immobilières dont certaines n’avaient pas survécu à la crise de 2008. L’autre gros bénéficiaire de ce boom, ce sont les départements par le biais de droits de mutation, ce que l’on appelle improprement « les frais de notaire ». Car en réalité, ce sont les départements qui encaissent la plus grosse part de ces droits de mutation perceptibles sur chaque transaction immobilière.

Et les chiffres parlent. Le département d’Ille-et-Vilaine a touché 140 millions d’euros. Celui du Finistère 120 millions. C’est un peu plus parlant quand on sait qu’en 2010, sous l’effet de la crise, ce département avait encaissé moins de 60 millions. Cette fois, 120 ! Le calcul est simple à faire. En 2017, le département du Finistère a encaissé 60 millions d’euros de plus que pendant les années creuses. Un grand bol d’oxygène qui explique la discrétion soudaine des présidents de conseils départementaux sur leurs disponibilités financières. Ils n’ont pas envie qu’on vienne leur parler de cagnotte !

René Perez
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