Brest en reconquête démographique

C’est un quartier, en plein centre-ville, comme on n’en voit plus beaucoup pousser dans nos grandes cités. Il est vrai qu’il n’est pas fréquent qu’une ville se voie rétrocéder une telle surface, au coeur même de son périmètre urbain. Avec les Capucins, Brest a fait un retour sur son passé et mis un pied dans son futur, en récupérant le quartier des Capucins, territoire qui récemment encore appartenait à la Marine nationale derrière les hauts murs de l’arsenal.

Sur ce site avec vue sur la rade, la Ville fait le pari d’une reconquête audacieuse, avec notamment les Ateliers, ces immenses bâtiments en cours de reconversion auxquels on accède par le fameux téléphérique, pour l’instant le seul du genre en France mais qui connaît quelques avatars de prototype urbain.

Et puis en bordure, s’élèvent maintenant les nouveaux immeubles des Capucins, imposants par leur taille mais volontairement limités en hauteur qui constituent un autre pari sur ce site. Il est d’ores et déjà gagné puisque les 154 nouveaux logements, érigés ainsi en centre-ville, ont d’ores et déjà trouvé preneurs. 105 appartements ont été acquis par des propriétaires, occupants ou loueurs, et 49 entrent dans un programme locatif social de Brest-Métropole Habitat.

Ce nouveau quartier marque symboliquement l’emprise de la ville sur un de ses territoires historiques mais aussi l’action engagée pour reconquérir un seuil démographique aujourd’hui perdu : celui des 150.000 habitants. Il avait été dépassé dans les années 90 mais, depuis, plusieurs éléments se sont conjugués pour pousser à la baisse la population urbaine.

Il y eut d’abord la fuite vers la périphérie pour des raisons fiscales, le poids des charges de la ville-centre pesant particulièrement sur cette cité qu’une partie de ses habitants quittaient d’autant plus facilement que la fluidité du trafic y est l’une des meilleures de France. Facile d’y entrer et d’en sortir, donc facile de s’installer à l’extérieur avec des terrains moins chers et une fiscalité plus accueillante.

Et puis, il y eut l’hémorragie des postes de la Marine nationale en forme d’évaporation presqu’indolore. Au plus fort du programme des restructuration des Armées, la Marine a perdu 5.000 postes dans l’arrondissement maritime de Brest et la Ville n’a pas échappé à une décrue de sa population.

Les Capucins sont donc symboliques de la reconquête d’une démographie perdue et de la naissance d’un nouveau quartier urbain dans une cité dont l’image s’est singulièrement améliorée ces dernières années, au point même d’avoir été classée dans le Top 5 des villes les plus agréables de France par l’Express. C’est peut-être un peu trop flatteur pour une agglomération qui est certes l’une des plus faciles à vivre (prix de l’immobilier, qualité de l’air, fluidité du trafic…) mais où le sentiment d’insécurité urbaine est devenue une problématique de plus en plus pesante.

René Perez
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