Ouragan de 1987. La Bretagne dévastée mais ignorée

6 octobre 1987. Il y a tout juste 30 ans, un ouragan sans précédent dévastait la Bretagne. Au beau milieu de la nuit du 15 au 16 octobre, après une soirée étrangement chaude, des vents de plus de 200 kms/heure emportaient tout sur leur passage, dans un axe sud-ouest dévastateur. Jamais, dans les annales, la Bretagne n’avait connu une tempête d’une telle puissance ravageuse.

Mais un autre étrange phénomène a marqué le passage de cet ouragan. Il fallut cinq jours, pas moins, avant que la France ne prenne réellement conscience de l’ampleur des dégats, au point que Louis Le Pensec, alors ministre, parlera de « déficit d’émotion nationale ». Pour les jeunes générations, une telle aberration paraît invraisemblable mais à l’époque, d’autres événements et un fonctionnement encore très centralisé de la télévision se sont conjugués pour mettre la tempête en liste d’attente avant qu’elle ne soit élevée au rang d’ouragan.

Le premier élément explicatif, c’est qu’en ce 16 octobre 1987, une autre tempête secoue la planète. Un krach boursier mondial fait chuter l’ensemble des bourses et monopolise la une de tous les journaux télévisés. Les chaînes évoquent bien sûr la tempête en Bretagne mais ne lui donnent guère plus d’importance que la chute d’une grue géante sur le chantier de l’Arche de la Défense à Paris. Il est vrai que les premières images venues de Bretagne ont été filmées de nuit, dans de mauvaises conditions, et les commentateurs ne parlent encore que de tempête, ce qui ne constitue pas une exception dans cette région habituée à être secouée.

L’autre facteur tient au mode de fonctionnement de la télé, encore très centralisée, à l’instar du JT de 13 h d’Yves Mourousi, dont la qualité n’était pas contestable mais qui baignait dans un parisianisme confit, bien éloigné de la province. Et la Bretagne était si lojn… Faut-il préciser qu’à l’époque il n’y avait pas de chaîne d’information continue et encore moins d’internet et de réseaux sociaux pour compenser ce déficit de couverture télé, malgré les multiples reportages des quotidiens régionaux bretons. Eux aussi étaient bien loin d’une télévision qui, à l’époque, n’avait que les quotidiens nationaux pour référence et mettait parfois trois jours pour envoyer des équipes sur place…

Les images les plus spectaculaires du ravage et l’évaluation réelle des dégâts, dans un premier temps sous-estimés, mirent cinq jours à faire, enfin, la « une » de toutes les chaines nationales. La tempête du vendredi ne fut véritablement présentée comme un ouragan dévastateur que le mercredi suivant, provoquant l’étonnement, voire même l’indignation des Bretons.

Tout cela bien sûr a changé depuis. De façon même très spectaculaire si on compare le 13 heures de Mourousi des années 80 et celui de Jean-Pierre Pernaut aujourd’hui où l’antenne régionale qui fournit le plus de sujets est celle de Brest. Il se passe tellement de choses à la pointe bretonne…

René Perez
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