Photo Dominique Leroux

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Brest 2016. Paysans et marins contre l’embargo

L’embargo russe est tombé sur l’économie bretonne au plus mauvais moment. Alors que les productions agricoles étaient déjà affectées par un climat morose et des coûts de production lourds à traîner, l’interdiction d’exportations à destination de la Russie n’a fait qu’assombrir le tableau. Ce pays assure en effet des débouchés importants à l’agriculture bretonne, et pas seulement pour l’élevage du porc dont les cours ont plongé après l’embargo, avant qu’un appel d’air, opportunément arrivé de Chine, ne redonne de l’oxygène à un secteur sinistré. Des producteurs de légumes, comme ceux réunis autour de la marque Prince de Bretagne, ont eux aussi souffert puisque la Russie absorbe 20% des exportations de ce label emblématique de la Bretagne, dont près de la moitié de la production part à l’étranger.

Des relations se sont même établies entre Bretons et Russes car la région consomme de grosses quantités de gaz russe dans les serres agricoles. Elles furent à l’origine d’un rapprochement dont Brest 2016 vient de vivre un prolongement amical et symbolique.

Chaîne humaine

Puisqu’ils sont fondamentalement opposés à cet embargo dont ils subissent les conséquences, paysans et marins réunis au sein du village Terre et Mer de Brest 2016 ont décidé de passer aux actes. Comment ? En livrant des vivres et légumes frais aux marins russes du du Kruzenshtern, plus gros navire de la flotte depuis la défection mécanique du Sedov. Mais cette livraison ne s’est pas effectuée selon les procédures habituelles. C’est d’abord une chaîne humaine qui qui s’est constituée sur les quais pour un transport à bras d’hommes et de femmes avant l’embarquement de tous ces produits à bord d’un ancien sardinier, le Santa-Maria. Ce vieux gréement a ensuite traversé le port pour rejoindre le Kruzenshtern où les marins russes se sont fait un plaisir d’embarquer tous ces vivres bienvenus à bord.

Outre la symbolique du rapprochement entre Bretons et Russes, on veut croire que les marins du Kruzenshtern garderont un bien meilleur souvenir que leurs aînés du Sedov dont la passage lors de Brest 2000 déclencha une mini-crise diplomatique entre la Russie et la France. Moscou n’avait pas, mais pas du tout apprécié que son navire-école avec 150 cadets à bord soit provisoirement retenu à quai par les juges brestois au motif d’une plainte contre l’Etat russe pour dette impayée, déposée par une société suisse. Tout cela fait aujourd’hui partie de l’Histoire singulière des fêtes maritimes.

On notera enfin que si les agriculteurs se sont une nouvelle fois beaucoup investis dans cette édition de Brest 2016, on les reverra encore en nombre l’année prochaine dans les rues de la ville. En mars 2017, Brest accueillera le congrès national de la FDSEA.

Pierre Vincent
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