Brennilis. L’interminable fin de la centrale bretonne

32 ans ! Cela fait déjà 32 ans cette année qu’a été décidé le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis, dans les Monts-d’Arrée. Et il va en falloir au moins une quinzaine d’années supplémentaires ! Au coeur de la Bretagne, cette centrale est la première de France à faire l’objet d’une procédure complète de démantèlement et le moins que l’on puisse dire, c’est que la remise en herbe de ce site est encore lointaine et que le coût des travaux va atteindre des sommets insoupçonnés au moment où cette centrale sortit de terre.

La fée électricité, il est vrai, ne s’est pas vraiment penchée sur cette unité de production. Entrée en service en 1967, c’était un prototype expérimental EL4, avec réacteur à eau lourde (EL) à uranium non enrichi. Une sorte de centrale à papa, comme les premières voitures à manivelle, dont la puissance de production se situait autour de 70 mégawatts. De nos jours, à peu près autant d’éoliennes de puissance moyenne. Quatre ans après son entrée en service, le gouvernement optait pour un système bien plus sophistiqué – et d’origine américaine – fonctionnant à l’uranium enrichi. A son rythme, la centrale a fonctionné ainsi jusqu’en 1985, date à laquelle est décidé son démantèlement.

Mais avec ce type d’installation ultra-sensible, rien n’est simple et les premiers travaux ne débutent que dix ans plus tard, engageant une sorte de course de lenteur où se mêlent les difficultés inhérentes à ce chantier, les enquêtes publiques, les recours en justice, les interventions de l’Agence pour la sureté nucléaire, les observations de la Cour des Comptes sur le dérapage du coût des travaux par rapport aux (sous) estimations initiales, l’attente de nouveaux sites de stockage….

Bref, pour la déconstruction aussi, Brennilis est un prototype et il va falloir encore un bon bout de temps pour boucler la boucle. 2031, viennent d’annoncer les responsables du chantier. Comme leurs prévisions sont toujours trop optimistes, on peut penser qu’en 2035, Brennilis fêtera les cinquante ans de l’arrêt du réacteur et de l’annonce du lancement des travaux.

Dans la lande de Monts-d’Arrée, l’ombre de la centrale soulève au moins deux questions. A ce rythme, combien de temps faudrait-il pour déconstruire les 19 centrales françaises actuelles dont certaines ont six réacteurs ? Et comment financer ces travaux de titans alors que les gouvernement successifs n’ont pas autorisé Edf a augmenter ses tarifs à proportion des coûts faramineux du démantèlement futur ?

Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que Brennilis soit une réelle vitrine de déconstruction qui permettra un retour d’expérience pour des démantèlements plus rapides ailleurs. Et que les progrès techniques ouvriront de nouvelles voies pour la reconversion de ces sites bien encombrants.

René Perez
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