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Breizh battle. La contre-offensive des frères Guillemot face à Bolloré

Cette bataille-là pourrait inspirer des concepteurs de jeu vidéo. A droite, dans le rôle du « méchant », Vincent Bolloré, chef d’entreprise et financier d’envergure internationale. En anglais, on appelle cela un tycoon. Et il faut faire bien attention de prononcer à l’anglaise car en français ça donne tout autre chose. Lui, il ne fait pas de sentiment. Quand il veut quelque chose, il met les moyens et il n’y a pas qu’à Canal+ que les dirigeants ont pu juger sur pièce.

En face, les « gentils » : les frères Guillemot. Ils sont cinq et nettement plus futés que les frères Dalton. Avec leurs deux entreprises de jeux vidéo, Ubisoft, maison-mère, et Gameloft, déclinaison de jeux pour mobiles, ils sont porteurs d’une des plus brillantes réussites françaises dans les nouvelles technologies, au point d’être sur le podium mondial des éditeurs de jeux vidéos.

Bolloré est Quimpérois. Les frères Guillemot sont Morbihannais. En d’autres lieux, cela donnerait sûrement quelques affinités régionales, voire une belle complicité pour renforcer ces deux sagas bretonnes. Mais là, non. La façon dont Bolloré a fait son entrée dans le capital des deux sociétés a été jugée très inamicale par les frères de la côte, bien que le Quimpérois affirme le contraire. Son offensive a été si tranchante que cette fois, c’est fait : il vient de prendre le contrôle de Gameloft, la plus petite des deux sociétés. Les frères Guillemot ont admis leur défaite et encaissé environ 150 millions de la vente de leurs parts dans cette entreprise qui passe sous le contrôle de Vivendi, la puissante entité multimédias de Vincent Bolloré.

Mais les frères Guillemot ne s’éclipsent pas pour autant avec leur chèque sous le bras. Comme des généraux d’armée quand un front est enfoncé, ils ont décidé d’abandonner le terrain de Gameloft pour ouvrir une nouvelle ligne de front. Ce sera Ubisoft dont Vivendi est déjà le premier et récent actionnaire (22,7%) mais sans avoir encore obtenu un siège au conseil d’administration. Ubisoft c’est le navire amiral du groupe et les frères Guillemot viennent d’y investir les 150 millions d’euros de leurs ventes de Gameloft. Ils passent de 9,2 à 12,8% du capital avec 18,9% de droits de vote. A priori, il n’y a cependant pas de quoi effrayer Bolloré.

Alors on s’interroge ? Les frères morbihannais pensent-ils réellement faire plier le Quimpérois dans ses ambitions, avec cette prise de participation somme toute modeste ? Ou alors, seconde hypothèse, les frères Guillemot ne se mettent-ils pas, à leur tour, à faire du Bolloré ? Autrement dit a emmagasiner le maximum d’actions car ils savent par expérience que ce genre de bataille fait généralement monter les cours. A l’arrivée, la revente de leurs actions Ubisoft pourraient leur assurer un gros, très gros pactole sous l’effet amplificateur du bras de fer qui s’annonce.

Dans les jeux vidéo, on appellerait ça « Breizh Battle ». Le prochain épisode va se dérouler lors de l’assemblée générale d’Ubisoft, dans deux semaines. Eloignez les enfants, ça va cogner !

René Perez
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