bolloré

Bolloré. Et c’est ainsi que tout a commencé

On ne parle que de lui. De Canal+ où il fait le ménage à Autolib’ où il se multiplie, du tramway électrique au label Universal, de son OPA sur Gameloft des frères Guillemot à ses acquisitions en batteries en France et à l’étranger, Vincent Bolloré est le financier le plus actif du pays, doublé d’un industriel au flair d’épagneul breton.

Breton, il l’est lui aussi. Mais c’est à Boulogne-Billancourt que Vincent Bolloré a vu le jour un 1er avril, celui de l’année 52. Cette ville prospère dessinait un avenir très parisien au jeune doué dans le calcul mental et le sens des affaires, lycéen à Jeanson de Sailly, l’établissement de la haute bourgeoisie. Cela lui vaudra de décrocher un DESS de droit des affaires qui lui ouvre, à 23 ans, les portes des bureaux feutrés de la banque Rotschild, comme plus tard Emmanuel Macron. Et tout comme le futur ministre, il change soudain de cap.

Sauvetage de l’usine familiale

On est en 1981, l’année de l’arrivée de Mitterrand au pouvoir. En Bretagne, cela ne va pas pas fort pour les papêteries de Cascadec de Quimper, à la tête desquelles se succèdent les générations de Bolloré depuis René, le fondateur en 1822. Les 800 salariés craignent le pire tant la vieille usine semble craquer de partout avec son papier fin à cigarettes et à missels, deux produits en sérieuse perte de vitesse. La faillite est proche quand Vincent Bolloré et son frère Michel reprennent l’entreprise pour une bouchée de pain et s’en vont taper aux portes pour obtenir de l’aide.

La droite quimpéroise, menée par l’ex-ministre Marc Bécam, regarde de haut ce banquier de 29 ans qui ne trouve une oreille attentive que du côté de Bernard Poignant, le jeune député socialiste. Ce sera le début d’une très longue amitié et Bolloré ne ratera jamais une occasion de mettre en avant l’élu quimpérois qui eut toujours le privilège de prononcer les discours dans les usines quimpéroises du groupe, même quand la droite tenait les rênes rênes de la ville.

Bien qu’ami proche de Sarkozy auquel il offrit un séjour sur son yacht (avec le succès que l’on sait), Bolloré revendiqua toujours cette amitié socialiste, comme de Kersauson à Brest, lui aussi intime de Sarkozy, fut toujours très proche du maire PS François Cuillandre. Le soutien actif de Bolloré ne suffira cependant pas à Poignant pour conserver sa mairie en 2014. Trop proche de Hollande à l’Elysée, trop absent de Quimper et parfois bien trop hautain pour ses concitoyens.

Juteuses opérations financières

Retour à 81. En promettant le maintien de l’emploi contre un gel des salaires (alors que l’inflation dépassait les 10%), Vincent Bolloré réussit à sortir peu à peu l’usine de l’ornière en lui trouvant de nouveaux débouchés plus rémunérateurs, comme les sachets à thé et les films plastiques ultrafins.. Ce sauvetage quasi-inespéré marque la première étape de ce financier très avisé, au profil doublement forgé par sa connaissance du monde bancaire et par son nez pour les opportunités industrielles.

Il semble tellement taillé pour les affaires qu’au fil des années, avec bien plus de succès que Bernard Tapie ou Jean-Marie Messier, autres ténors de l’époque, il va devenir le grand spécialiste français des raids et des juteuses opérations financières. La première avec la société de transports SCAC, en grande difficulté financière, dont il prend le contrôle. Elle lui ouvrira les portes de l’Afrique quand d’autres misent tout sur l’essor de l’Asie. Avec la gestion de plusieurs ports africains et une flotte de navires qui s’étoffe (combinaison qui ne lui attirera pas que des amitiés), Bolloré prend son envol et depuis il plane au dessus du monde des affaires. Avec quelques dates symboliques, comme 2000 où il cède son activité de papiers à cigarettes et se lance dans les médias avec le succès que l’on sait. Depuis, on n’arrête plus celui qui est devenu le grand patron de Vivendi et qui a placé ses quatre enfants à des postes clefs d’un groupe devenu tellement tentaculaire que certains voient aujourd’hui en lui l’homme le plus puissant de France. Pas moins.

Quand leur cèdera-t-il définitivement les rênes ? En février 2022, a-t-il promis, pour le bicentenaire de la création de l’usine Bolloré. Il aura alors 70 ans. Cela semble bien jeune pour aller à la pêche et tailler ses rosiers, en parlant du bon vieux temps avec Bernard Poignant…

René Perez
1 Commentaire
  1. Monm49

    Cascadec se trouve à Scaer . Aujourd’hui l’usine appartient à un papetier américain :Glatfelter . Les autres usines Bollore sont à Ergue Gaberic . Il n’a rien à Quimper .

Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider