Remettre le bistrot au milieu du village

Pour revitaliser les zones rurales, il faut rouvrir des bistrots ! C’est le gouvernement qui vient de l’inscrire noir sur blanc dans son plan pour la ruralité et Edouard Philippe a même annoncé que des milliers de licences IV seront mises gratuitement à la disposition des mairies pour dynamiser le mouvement.

Alors bien sûr, certaines associations ont aussitôt réagi en faisant rimer revitalisation et alcoolisation. Pas totalement faux. Mais la solitude dans des villages désertés ne provoque-t-elle pas plus de dégâts psycho-sociaux, avec psychotropes et alcoolisation solitaire, que la fréquentation un peu assidue d’un bar où on se retrouve, où on refait le monde et où les liens se créent ou se renforcent. Hormis celles d’une église, y a t-il porte plus facile à pousser et lieu plus convivial pour rencontrer les gens ? Les vrais.

Le constat est devenu si évident que nombre de maires de hameaux sans café ont lancé des appels pour inviter des candidats à s’installer. Avec petit coup de pouce pour le bâtiment, assorti éventuellement d’une épicerie. Encore faut-il avoir une licence VI pour attirer la clientèle, celle sans laquelle l’endroit ne serait qu’une buvette promise à une fin rapide. Mais ces licences-là se font rares. Elles ont disparu au fil des fermetures et celles qui restent dans les villages en voie de désertification sont souvent achetées par un candidat à l’installation dans une ville. Voire même dans une autre région puisque la loi autorise maintenant le transfert d’une région à l’autre. Une situation paradoxale puisqu’elle contribue à accélérer la désertification.

Pas besoin de trop se gratter la tête pour savoir où se trouve la solution. Ce sont donc ces milliers de licences IV (probablement 10.000 mais le chiffre n’est pas officiel) qui vont être mises virtuellement à la disposition des mairies de moins de 3.500 habitants pour des ouvertures de cafés. Le nombre peut paraître astronomique mais il est tout à fait à l’échelle de l’extravagant mitage communal de la France. Sur les 36.000 communes que compte le pays, 20.000 ont moins de 500 habitants et la très grande majorité d’entre elles n’ont plus de cafés.

La proportion est moindre en Bretagne où le bistrot est une institution solidement enracinée et la taille des communes supérieure à la moyenne nationale. Il n’empêche. Sur les 1.208 communes bretonnes, 282 n’ont pas de bar, selon un relevé effectué par Le Télégramme. Donc environ une sur cinq, les Côtes-d’Armor et l’Ille-et-Vilaine étant les deux départements comptant le plus de communes débarisées.

En revanche, le nombre est reparti à la hausse dans les grandes villes (Rennes, Brest, Lorient…) et dans la plupart des villes moyennes qui avaient été impactées par la crise. Moins de pouvoir d’achat, donc moins de sorties. C’est un peu moins le cas aujourd’hui mais ce renouveau tient aussi et surtout à la mutation progressive du bistrot proposant des thématiques, des activités nouvelles et le grand écran convivial qui fait le plein les jours de grands événements sportifs. Un modèle pas toujours reproductible en zone rurale mais qui peut tout de même faire naître des idées pour accompagner le retour de la licence IV dans la France profonde.

René Perez
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