Bio breton. Eviter la crise de croissance

Ca s’appelle « be reizh ». Ca sonne comme breizh mais le reizh ici signifie « juste » ou « équitable » en breton. Et c’est cette astucieuse trouvaille sémantique britto-bretonne qui constitue la première appellation du bio breton. Elle vient d’être créée et présentée à Lorient, à l’instigation du réseau Initiative Bio Bretagne qui fédère, à ce jour, 150 professionnels. Et qui est parti du constat que les consommateurs bretons sont de plus en plus avides de produits bio mais aussi de traçabilité régionale privilégiant les circuits courts et donc la production locale.

Ce label devrait donc peu à peu tracer sa route dans un secteur de production qui élargit sans cesse l’éventail de ses champs d’action, des oeufs aux légumes en passant par les bières artisanales, les fraises de Plougastel et une foultitude d’autres produits bretons qui représentent actuellement un marché de 350 millions d’euros. Il grossit chaque année sous l’effet conjugué des crises sanitaires, des soucis d’environnement, de la baisse de consommation de viande compensée par le végétal ou encore du rajeunissement des consommateurs, plus attirés par le bio que leurs aînés.

Mais avec un taux de croissance qui tourne autour de 15 % par an, le secteur n’a pas seulement besoin d’appellations. Il lui faut aussi faire face à un double défi, aussi bien du côté de l’offre que de la demande. D’abord celui posé par l’extension des réseaux intéressés par le bio. Parti d’une mouvement éthique et militant, le bio est maintenant revendiqué par tous, y compris les GMS (grandes et moyennes surfaces) qui veulent leur part de ce créneau. Pour la plus grande réserve des pionniers du bio qui craignent de voir les logiques économiques prendre le pas sur les démarches éthiques en mettant le prix au premier rang des critères d’évaluation. Avec la baisse de qualité qui pourrait en découler.

Ils redoutent également l’effet attractif du bio sur des producteurs en quête de nouveaux relais de croissance dans ce contexte de crise prolongée. Autrement dit , que la production labellisée bio se mette à exploser sans que la consommation suive et que l’orchestre aille plus vite que la musique. Les professionnels du secteur, tout en se donnant des armes labellisés pour une meilleure maîtrise de leur secteur d’activité, ont donc aussi pour préoccupation de mettre en garde les candidats mal préparés, se faisant quelques illusions sur un marché idéal où tout le monde il est bio, tout le monde il est gentil.

René Perez
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