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La Baule. La « privatisation » de la plage fait des vagues

Beau temps pour aller à la plage. Si vous optez pour celle de La Baule, vous faites le bon choix puisqu’elle est réputée être la plus longue et (probablement) la plus belle d’Europe. Mais elle est aussi actuellement l’objet d’un bras de fer entre l’État et la commune, avec en prolongement une concession à la société Véolia qui met les professionnels en pétard.

D’abord, il faut savoir qu’une plage n’appartient pas à sa commune de rattachement. L’État est propriétaire de ces espaces qui, en Méditerranée surtout, ont parfois suscité de belles embrouilles, avec les paillotes corses comme brûlots de bords de mer. La pagaille ambiante a abouti à la loi plage de 2006 qui fixe les conditions d’installations d’activités marchandes (restaurants, bars…) sur les plages avec trois conditions majeures : ces concessions ne doivent pas occuper plus de 20 % de l’espace de haut de plage, ne pas empêcher l’accès à la plage mais surtout, leur présence ne peut excéder six mois avant démontage pour l’hiver et retour de la plage à son état sauvage. Autrement dit, quand la saison est finie, on démonte tout et on remballe…

Ces dispositions, plutôt destinées aux plages méditerranéennes, sont également applicables sur la partie atlantique bien que que leur taille et leur configuration ne posent pas les mêmes problèmes.

La municipalité

traîne des pieds

A La Baule, cette loi-plage ne passe pas. La municipalité fait front et refuse de l’appliquer car elle la juge mauvaise pour la station, sachant notamment que l’espace occupé par les commerces dépasse déjà largement les 20 %. Et qu’il va donc falloir tailler dans la masse. Cette loi met des activités en péril, selon la Ville qui choisit de laisser traîner les choses. Jusqu’à ce que l’État, via le préfet, décide de taper du poing sur la table, en 2015. Si la Ville ne veut pas gérer le problème elle même, il va être confié à une société privée comme la loi l’autorise, tranche l’État.

Et c’est ainsi que Véolia, seul candidat, se retrouve choisi comme concessionnaire de cet espace dont la municipalité ne veut pas la responsabilité. L’arrivée de cette société et la privatisation qui en découle, provoquent de premières réactions de ceux qui croient que la plage va être fermée et ne sera plus gratuite. Ce n’est pas du tout ça. Au contraire, Véolia devra assurer un accès encore plus large que celui d’aujourd’hui dans cet espace actuellement sur-occupé.

Démolition et reconstruction

avant l’été 2018

Concrètement, la société devra verser 177.000 euros par an à l’État et assurer l’accès, le nettoyage et l’entretien de la plage, avec des toilettes accessibles au public. C’est le côté pile. Mais côté face, Véolia doit gérer la problématique des 35 bars, restaurants, clubs de voile… qui occupent le site et qui doivent, avant 2018, démolir leurs locaux actuels pour les remplacer par des structures démontables qui devront disparaître du paysage, six mois sur douze, quand la morte saison sera venue.

Et ces professionnels savent d’ores et déjà qu’il n’y aura pas de la place pour tous ( avec la règle des 20 %) et que le loyer payé à Véolia augmentera d’environ 50 % par rapport à aujourd’hui.

On imagine la tête des commerçants concernés, entre frais de démolition puis de reconstruction de structures qu’il faudra remonter tous les six mois. Eux aussi sont particulièrement remontés et ils estiment, en outre, que la Ville les a un peu abandonnés à leur sort. Mais le maire retorque que même avec une gestion municipale, il faudrait appliquer cette loi-plage de 2006.

Alors ça râle. Les rapports se sont tendus et la tempête de sable provoque réunions et rassemblements comme celui prévu samedi. Avec un objectif : que l’État adoucisse cette loi-plage qui, si elle est appliquée dans toute sa sécheresse, va provoquer, selon les opposants, au moins 2.000 suppressions d’emplois sur le littoral français.

René Perez
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