Départ de Jean-Pierre Denis d'Arkeaz

Bretagne. Arkéa jacta est !

Jean-Pierre Denis quittera ses fonctions le 11 mai prochain. Comme l’avait révélé Le Télégramme quelques jours plus tôt, le président du groupe bancaire Arkéa (Bretagne et Sud-Ouest, région de Bordeaux) a décidé de quitter ses fonctions, à l’âge de 60 ans, ce qui signifie arithmétiquement qu’il ne part pas en retraite. Il va aller vers d’autres horizons, comme l’avait fait l’an dernier Ronan Le Moal, le n°2 du groupe qui s’était lui aussi retiré pour se lancer dans une nouvelle activité.

Ce premier départ avait suscité l’étonnement quand on sait à quel point le groupe est engagé dans un délicat bras de fer contre la confédération nationale de Crédit mutuel pour obtenir son indépendance. Voir l’un des deux généraux en chef quitter le champ de bataille en plein conflit, laissait tout de même une drôle d’impression. Et l’étonnement céda à la sidération quand Jean-Pierre Denis annonça, à son tour, qu’il prenait « du recul », expression d’une légèreté assez confondante quand on connaît le contexte agité et la somme de procédures engagées, y compris auprès des instances européennes. Lundi, Jean-Pierre Denis a donc officialisé son départ devant le conseil d’administration. Dans l’attente de la nomination d’un successeur, c’est un tandem féminin qui va diriger le groupe : Hélène Bernicot, directrice générale et Anne Le Goff, directrice générale déléguée.

La Bretagne derrière les deux dirigeants

En Bretagne, ce double départ suscite les interrogations que l’on imagine mais il ne faut pas s’attendre à un flot de réactions étonnées. Toute la région ou presque avait fait bloc derrière ces deux dirigeants (y compris notre site Bretagne-Bretons), quand ils ont appelé à la résistance, sous couvert de lourdes menaces pour l’emploi à la pointe bretonne et notamment à Brest où Arkéa pèse maintenant bien plus de salariés (3.000) que l’arsenal. La mobilisation a été quasi-unanime, notamment lors d’une manifestation à Brest d’une ampleur inattendue (15.000 personnes) tant la thématique de l’emploi a le don de mobiliser les foules, rassemblées avec autant de ferveur militante que naguère les Bonnets rouges. Les références à ce mouvement furent d’ailleurs nombreuses puisque, là aussi, on joua sur le ressort Paris contre la Bretagne.

Polémique sur les rémunérations

Mais dans cette unanimité, il y avait tout de même des notes discordantes, mettant doublement en avant la fin des valeurs mutualistes au sein de cette banque régionale et le montant des rémunérations dévolues au deux dirigeants d’Arkéa, dérogeant singulièrement aux habitudes de la maison. Nous avions à l’époque rencontré Jean-Pierre Denis pour évoquer cette polémique. Il avait mis cela sur le compte de rumeurs fantaisistes pour ne parler que des incontestables réussites du groupe. Et il était fondé à le faire, tant les résultats des filiales, au statut juridique différent de celui du mutualisme, montaient à des sommets insoupçonnés, légitimant ainsi l’action impulsée par les deux dirigeants. L’indépendance, pour eux, c’était le gage d’un développement plus fort et d’un ancrage breton encore plus profond.

Quant à la polémique récurrente sur les rémunérations, elle trouve une indication officielle dans les comptes de la banque. Les rémunérations annuelles pour le président d’Arkéa ont été , pour 2018 et 2019, de 530.00€ en rémunération fixe et et 1.060.000€ en part variable. On apprend également que les indemnités individuelles au sein du conseil d’administration peuvent monter jusqu’à 120.000€ par an, ce qui constitue indéniablement une très belle valorisation du jeton de présence mutualiste.

Les mots doux du président de la Confédération à Arkea

Que va-t-il maintenant se passer ? La semaine dernière nous nous étonnions des mots doux envoyés par le président de la Confédération nationale à l’adresse de la banque bretonne, venant jouer du violon sous les fenêtres d’Arkéa alors que jusqu’à présent, la partition comptait surtout des menaces et des invectives en sol majeur. Quel message fallait-il voir dans ce spectaculaire changement de ton ? La réponse à notre interrogation est venue dans les révélations du Télégramme deux jours plus tard, annonçant la décision de Jean-Pierre Denis.

Nicolas Théry, le président de la Confédération nationale de Crédit mutuel avait, de toute évidence, eu lui aussi vent de ce départ prochain. Et il n’a pas perdu de temps pour tendre la main aux deux nouvelles dirigeantes, un peu comme Volfoni dans les Tontons flingueurs : « L’époque serait plutôt aux tables rondes et à la détente ».

Et Jules Cesar ajouterait « Alea jacta est ». Le sort en est jeté.

René Perez
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