Après Brexit. Les Bretons serrent les rangs

Pour aller de Dublin à Madrid, le plus simple c’est de passer par Rotterdam… Sans même avoir à regarder les cartes, on se dit qu’il y a peut-être bien plus court et plus direct. Mais c’est pourtant l’option retenue par la Commission européenne pour le futur trafic de fret entre l’Irlande et l’Europe en raison du Brexit. Jusqu’à ce jour, la plupart des exportations irlandaises passent par le Royaume-Uni avant d’arriver sur le continent mais avec les (probables) futures barrières douanières, plus question bien sûr de passer par l’Angleterre pour un trafic intracommunautaire dont l’Irlande du sud restera membre.

Ce détour par le Benelux, en forme de pied de nez à la géographie, est celui retenu par les instances européennes qui entendent organiser le transport de fret irlandais, après la mise en place du Brexit. Partisane de corridors maritimes, elle estime que Rotterdam et Anvers constituent la meilleure voie pour transiter de l’Irlande vers l’Europe du nord, bien sûr, mais aussi l’Europe du sud car ces ports sont organisés pour cela et ont la taille nécessaire. Le choix communautaire s’accompagnera de très fortes subventions pour les ports désignés, du moins si cette option est finalement validée.

Côté français, on le sait, cette perspective a soulevé de véritables haut-le-coeur tant les ports français de la Manche, de Brest à Calais, se trouvent ainsi relégués en deuxième division alors qu’ils sont la voie plus courte entre l’Irlande et l’Europe du sud. Les autorités françaises entendent faire rectifier le tir mais à ce jour la Commission reste pied ferme dans le corridor et ne semble pas décidée à reculer dans une affaire qui démontre un certain manque de culture maritime du côté tricolore.

L’État français d’abord, a donné l’impression de tomber de l’armoire en découvrant l’avancement de ce dossier, comme si personne n’avait eu l’idée de le suivre de près du côté de Bruxelles. Ca fait désordre. Les régions françaises concernées, Bretagne, Normandie et Hauts de France ne semblent pas beaucoup plus exemplaires. Depuis cet épisode fâcheux, les contacts avancent entre toute cette façade de la Manche qui semble découvrir qu’elle a des intérêts convergents à défendre. Loïc Chesnais-Girard, Hervé Morin et Xavier Bertrand, les présidents des trois régions, ont entamé un rapprochement qui ne sera pas superflu.

Brest et Roscoff, de leur côté, ont décidé de créer une structure commune tant cette affaire révèle aussi la nécessité pour les Bretons de serrer les rangs et d’oublier la vieille querelle de la passerelle Roro de Brest qui avait créé des tensions entre les deux ports, il y a une vingtaine d’années. L’heure n’est plus à ce genre de divisions. Cette affaire du fret irlandais aura donc au moins eu le mérite de mettre en lumière de criantes insuffisances dans la défense des intérêts français et d’entraîner une nécessaire remise à plat de la stratégie maritime dans l’espace communautaire. A tous les échelons…

René Perez
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