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Algaia. Succes story autour des algues

La Bretagne regorge de pépites industrielles, dont on n’entend peu parler. Parmi celles-ci se trouve Algaia, une entreprise spécialisée dans la biotechnologie marine. Le siège social et le centre de production sont basés à Lannilis. L’entreprise (100 salariés) est devenue un des leaders mondiaux dans le secteur des algues. Algaia expédie aujourd’hui sa production dans 50 pays.

L’algue est à la mode depuis un moment. On la pare de mille vertus. Tantôt annoncée comme la protéine du futur, tantôt comme une parade aux antibiotiques dans les élevages d’animaux, l’algue fait beaucoup causer, sans qu’on en mesure toujours les effets concrets. Et pour ça, il n’y a qu’à faire un tour chez Algaia.

40 000 tonnes d’algues par an

L’entreprise est installée, depuis 2016, dans les anciens locaux de Cargill à Lannilis. Difficile de la manquer : sa tour blanche, récemment repeinte, domine la campagne environnante. Le parc industriel est vaste. Il faut bien cela pour traiter 40 000 tonnes d’algues et les réduire à l’état de pâte, et finalement de poudre et liquide, lesquelles sont expédiées aux quatre coins du monde pour servir à la fabrication de différents produits.

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Frédéric Faure, Directeur général d’Algaia. Photo DR

Frédéric Faure (photo ci-contre) est un des co-fondateurs de l’entreprise et son Directeur général. « Nous travaillons ici sur deux algues brunes qui nous permettent d’extraire des alginates et des biostimulants. Les alginates vont être utilisés dans le milieu des dispositifs médicaux (fabrication de gazes anti-saignements, empreinte dentaires), l’agro-alimentaire (la nourriture vegan par exemple) ou la cosmétique ».

Biostimulant pour renforcer les cultures

De leur côté, les biostimulants servent notamment pour la santé des plantes. « Les algues contiennent un pool de sucres qui offrent des capacités de résistance à différents stress, dont le stress hydrique ». Frédéric et les équipes d’Algaia pensent que les plantes terrestres ont gardé ces capacités enfouies en elles et que les algues peuvent aider à réactiver ces dernières. « Nous menons des tests dans le monde entier et les résultats sont positifs » affirme le Directeur général.

Pour se fournir en matières premières, Algaia s’appuie sur une flotte de 35 goémoniers. La société partage ressource et récoltant avec son concurrent, le groupe Allemand JRS installé à Landerneau, soit deux des trois plus grandes entreprises européennes du secteur (la troisième Américaine est implantée en Norvège) situées à 30 km l’une de l’autre. Cela en dit long sur l’excellence bretonne en la matière.

35 goémoniers à l’oeuvre pour Algaia

« Les goémoniers sont essentiels pour notre activité » appuie Frédéric Faure. Nous soutenons les jeunes qui veulent s’installer, notamment vis à vis des banques ». Il y a un vrai enjeu car avec le développement qui est le sien (l’entreprise est passée de 500 000 euros de chiffre d’affaires à près de 20 millions en 5 ans), les besoins en algue vont être de plus en plus importants. Or, Algaia est obligé de se fournir à domicile : l’algue, une fois pêchée, doit être traitée dans les 12 heures qui viennent pour en extraire certains composés biostimulants. On vous le dit : goémonier, c’est un métier d’avenir dans le nord Finistère !

Exploiter jusqu’ 80 % de l’algue

Côté matière première, aucun mouron à se faire. La ressource est gérée depuis 30 ans par une structure comprenant l’Ifremer, le comité régional des pêches, le parc marin d’Iroise et la préfecture maritime. Du solide donc, qui explique que les algues sont toujours aussi abondantes. Algaia veut y mettre aussi du sien. Aujourd’hui, elle exploite environ 30 % du contenu de l’algue. « Dans un futur proche, nous espérons extraire et valoriser jusqu’à 70 à 80 % » insiste Frédéric Faure.

Bientôt des semelles biodégradables ?

Le ciel de novembre menace au-dessus de l’usine qui tourne 24H/24h. L’avenir d’Algaia est lui plus dégagé. Les équipes R&D, basées à Saint-Lo en Normandie, planchent déjà sur de nouveaux débouchés pour la cosmétique, là où la valeur ajoutée et les enjeux en matière première d’origine biosourcée est la plus forte, mais également pour la nutrition santé, qui est très tendance, et pourquoi dans le futur des composants à usage thérapeutique. L’algue n’a plus de limite : Algaia est actuellement en cheville avec une startup américaine qui veut créer des semelles de chaussures biodégradables à partir d’algues.

Julien Perez
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