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Agriculture. Pour Loïg Chesnais-Girard, il faut « gagner la bataille du prix »

Les premiers « Etats généraux de l’alimentation » ont été lancés ce jeudi. L’opération, impulsée par Emmanuel Macron et pilotée par le ministère de l’Agriculture, réunit quelque 500 acteurs de la filière agricole. Ce débat national sur le bien-manger et le bien-produire doit aboutir à des solutions pour sortir de la crise agricole. Il intervient alors que le monde paysan broie du noir depuis cinq ans entre embargo russe, crises sanitaires et mauvaises conditions climatiques.  Toutes les filières sont concernées. Bretagne Bretons a rencontré le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, pour avoir son point de vue sur un secteur économique important, en Bretagne plus qu’ailleurs*.

Comment appréhendez-vous les Etats généraux de l’alimentation ? L’épisode Hénaff récent va-t-il laisser des traces ?

Nous attendons d’abord des Assises un vrai débat sur le partage de la valeur dans la chaîne de production, qu’elles apportent des solutions afin que les agriculteurs vivent mieux de leur métier. Sur les questions de bien-être animal, il faut savoir que toute la filière travaille dessus car la problématique est au coeur du métier de l’agriculteur, lequel fait attention à son environnement. Il y a encore des progrès à faire, je n’en doute pas, mais arrêtons d’abimer l’image de la Bretagne et de l’agriculture. Respectons ceux qui ne veulent pas manger de viande mais respectons aussi ceux qui vivent sur ces traditions car sinon nous allons nous abimer, et s’abimer collectivement est un signe de désespérance que je rejette.

Quel est votre ressenti sur la colère paysanne actuelle ? Stéphane Le Foll n’a pas laissé un souvenir fantastique dans les campagnes bretonnes…

Je ne partage pas ce point de vue, Stéphane Le Foll était en contact permanent avec la Bretagne, nous avons mené de grandes batailles ensembles, sur le porc et la volaille par exemple. Cela n’a pas toujours été facile mais il a toujours été présent. S’agissant des exploitations de moins de 60 hectares, il a été un fer de lance pour négocier avec la commission européenne  et faire en sorte que l’on redonne un surplus d’accompagnement aux exploitations les plus modestes qui correspondaient bien au modèle breton.

On n’a pas tout réussi mais on a travaillé sur beaucoup de choses et encore une fois, cette désespérance, elle existe parce qu’on a un problème d’organisation des prix dans la filière. Le prix du beurre et de la crème explose dans le monde et nos agriculteurs laitiers ne vivent pas de leur travail. C’est anormal.

En revanche, dans le porc, il y a 3 ans on était en crise absolue, on se retrouvait avec des agriculteurs sur des barricades à discuter pour trouver des solutions et aujourd’hui le porc est à un cours qui fait que nos agriculteurs, heureusement pour eux, vivent bien.

Ces cycles vont s’accélérer. Il nous faut donc trouver les solutions au niveau de l’Europe, du pays et évidemment de la région Bretagne. Ici, tout le monde a envie de travailler ensemble pour accompagner une agriculture respectant les hommes, l’environnement, une agriculture qui produira de bons aliments. Il faut travailler ensemble pour faire en sorte qu’en 2040/50/60 nous soyons une des premières régions agricoles d’Europe

Donc vous êtes encore optimiste sur le modèle breton ?

Plus que jamais. Les agriculteurs bretons ont gagné la bataille de la qualité, de la traçabilité, de l’environnement… Nous sommes la seule région européenne à être sortie des contentieux européens. Aujourd’hui, il faut gagner la bataille du prix. Et bien gagnons là ensemble ! On y a tous intérêt. Nous devons être enthousiastes, c’est ce qui va faire notre réussite et nous trouverons plus facilement des solutions.

 

*L’activité du secteur agricole fournit 4,5 % des emplois bretons (contre 2,5 % en France).

Julien Perez
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