Agriculture. Deux ministres aux antipodes

Les ministres se suivent mais ne se ressemblent vraiment pas. Alors que Stéphane Le Foll tourne la page d’un ministère secoué par les crises agricoles, voilà qu’arrive Jacques Mézard dont on ne peut pas dire qu’il ait tout à fait le profil de la génération Macron.

Stéphane Le Foll, lui, va pouvoir souffler. A la tête de ce ministère exposé, il n’aura vraiment pas été gâté, au point qu’il fallut même parfois protéger sa maison de Berrien (Finistère) de visites nocturnes indélicates. L’ex-directeur de cabinet de François Hollande, fidèle parmi les fidèles, se doutait bien qu’il n’héritait pas d’une sinécure avec ce ministère. Mais il ne pensait sans doute pas être à ce point écartelé, entre la crise de l’agriculture qui a rarement accumulé une telle conjonction de mauvaises nouvelles et la drôle de trouvaille de François Hollande de le nommer porte-parole du gouvernement. Aucun des présidents de la Ve République n’avait eu la mauvaise idée de mettre à ce poste un ministre à la fonction aussi sensible. La tâche était d’ordinaire confiée à un secrétaire d’État ou un ministre de seconde zone. Et, dès lors, comment s’étonner si les relations furent aussi tendues avec les agriculteurs plongés en pleine tourmente, quand il voyait à la télé leur ministre parler de déchéance de nationalité ou de la candidature de la France aux Jeux Olympiques ? Même au plus fort des crises agricoles, Hollande sembla ne jamais prendre conscience de ce décalage aussi calamiteux que l’état de certaines campagnes.

Avec Jacques Mézard, nouveau ministre de l’Agriculture, on est dans un tout autre registre. Ici, on se croirait même plutôt revenu à la IIIe République tant cet élu du Cantal tranche avec les profils actuels de la classe politique. Sénateur, fils de sénateur, ex-conseiller général, membre du parti radical de gauche, âgé de 70 ans bientôt… On se croirait plus chez Edouard Herriot que chez Emmanuel Macron et nombre de responsables agricoles n’ont pas caché leur surprise devant le choix de cet élu quasi-inconnu. Ils ne doutent pas de sa capacité à bien comprendre le monde rural mais se demandent s’il aura le poids nécessaire pour porter l’agriculture au niveau qui doit être le sien et se faire entendre à Bruxelles par où passe l’avenir du monde agricole français. On jugera aux actes mais dans sa tâche, il pourra sans doute compter sur deux ministres bretons de ce gouvernement : Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires et Jean-Yves Le Drian, appelé à avoir un rôle déterminant pour assurer la voix de la France au sein des instances européennes.

Jacques Mézard aura peut-être aussi des relations plus apaisées que son prédécesseur avec les agriculteurs. L’actualité lui a même fait un clin d’oeil : Christine Lambert, qui vient d’être élue présidente de la FNSEA, vit elle aussi dans le Cantal et tous deux se connaissent. Ca peut servir…

René Perez
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