Agriculteurs. Une belle cote sans circonflexe

S’ils en doutaient, les agriculteurs en sont maintenant convaincus : ils ont une grosse cote auprès des Français, malgré les images parfois saisissantes des dégâts commis lors des manifestations. Les bonnets rouges, eux aussi, avaient suscité un fort courant de sympathie et même un mimétisme dans l’action puisque des bonnets de toutes les couleurs avaient fleuri alors que la France pataugeait dans le ras-le-bol fiscal. Mais dès les premiers gros dégâts le long des routes, la bienveillance avait pris l’eau.

Ici, rien de cela. Comme le prouve le sondage BVA pour Itélé, même les images-choc de voies express dévastées n’ont pas freiné cet élan de sympathie à la profession et de soutien à ses actions (83% des Français). Il est vrai que l’agriculture est aujourd’hui le symbole d’une économie déboussolée par la suppression brutale de mécanismes de régulation et le choc des distorsions de concurrence, y compris intracommunautaires. Les Français voient aujourd’hui les agriculteurs comme le symbole d’une économie brouillonne où même en travaillant dur, on se retrouve largué parce que les règles ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre dans un marché pourtant très ouvert. Et ici, personne ne pourra mettre en cause les 35 heures dans le trou d’air que traverse la profession.

Cet élan de sympathie des Français est également inversement proportionnel à la confiance qu’ils accordent aux élus pour régler le problème. Ils sont moins de 20% à faire confiance au gouvernement pour trouver les bonnes solutions, nouvelle illustration de ce fossé qui se creuse avec le monde politique, entre la réalité des problèmes et le contenu des débats. Les surréalistes prolongations autour de la déchéance de nationalité en fournissent un déplorable exemple.

Reste l’autre élément de ce sondage revigorant pour les agriculteurs : 84% des Français disent être prêts à payer un peu plus cher pour un produit français répondant à des normes de qualité plus exigeantes. Certes, entre la réponse à un sondage et l’ouverture de son porte-monnaie, il y a parfois un décalage de mécanique cérébrale. Il n’empêche. Cette réponse apporte quelques lueurs d’espoir pour la profession, du moins si les transformateurs et les instances européennes acceptent une véritable traçabilité de tous les produits pour en attester l’origine. Mais là, ce n’est pas encore gagné !

René Perez
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