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Agriculteurs-riverains. Histoires de combat

Intro

Carantec, Roscanvel, Plobannalec et sûrement des dizaines d’autres dans le Finistère et en Bretagne : les projets agricoles et agroalimentaires bloqués par des recours de riverains, le plus souvent dans le cadre de la loi Littoral, sont aujourd’hui légion.

Il y en a eu d’emblématiques, tel le projet de la tour de séchage de lait de la Sill, qui fut trimbalé, de recours en recours, entre Plouvien et Guipavas, avant de finalement poser ses cartons (de lait) à Landivisiau. Il aura fallu 5 ans, et toute la persévérance de Gilles Falc’hun, patron de la Sill, pour que le projet sorte de terre. Il y en a qui sont moins connus. Les turbulences engendrées par les recours ne sont pas plus simples à vivre. Surtout quand ils sont condamnés à ne jamais voir le jour. Demandez à Karine et Yohan que nous avons interrogés. La douleur est encore vivace.

Surtout, ces histoires interrogent sur le rapport de la société bretonne au monde agricole, un monde empêché, parfois raillé, alors même qu’il fait tout aujourd’hui pour s’adapter aux attentes sociétales. Mieux, il est souvent dans les clous de la légalité. Prenons le projet de Carantec (30 000 poules plein air). Ce dernier a été validé à l’unanimité par la commission des sites, qui comprend notamment des représentants d’associations écologistes type Bretagne Vivante.

Des riverains ont néanmoins lancé un recours. Et jouent la montre désormais. Le poulailler de Carantec est bloqué et il aura bien des difficultés à voir le jour. Guillaume, le jeune Carantécois à la tête du projet, a dû se résoudre à trouver du travail ailleurs. Les opposants arguent d’un projet démesuré. Mais qu’en est-il à Plobannalec (un élevage bio ovin et bovin d’une centaine de bêtes) et Roscanvel (maraîchage bio) ?

Alors, les Bretons auraient-ils un problème avec leurs agriculteurs, occultant de fait le rôle primordial joué par ces derniers dans le développement économique et touristique de l’ouest Bretagne (merci Alexis Gourvennec) ? C’est évidemment plus compliqué que cela.

Si l’on regarde de près les différents dossiers, une constante se dégage : les requérants sont souvent des personnes extérieures à la région, disposant d’une résidence secondaire. La grande question est donc la suivante : dans quelle mesure des personnes extérieures au territoire peuvent interférer sur son développement économique ? Sous prétexte qu’elles investissent dans l’immobilier (pour faire du AirBnB à Carantec. On en compte une douzaine parmi les opposants…) sont-elles les mieux placées pour comprendre les enjeux de revitalisation économique du territoire ?

Selon le député Didier Le Gac (voir son ITV), la loi Elan va permettre de mieux encadrer les recours. Du côté des agriculteurs, l’idée d’avoir des juges spécialisés dans ces litiges plaît. Deux choses sont en tout cas certaines : une solution doit être trouvée rapidement sous peine de voir les recours augmenter avec le vieillissement de la population et la multiplication des résidences secondaires. Et le simple dialogue ne suffit plus.

Julien Perez Manon Motir
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