Affaire Seznec L’histoire sans fin

Ce week-end, à Morlaix, l’affaire Seznec est remontée à la surface. Un morceau d’os et un bout de pipe ajoutent un nouvel épisode à cette histoire sans fin, née il y a presqu’un siècle. Une affaire qui a passionné les Français, à l’époque, et qui continue à jouer les prolongations d’un incroyable scénario.

Et pourtant, au départ, Pierre Quéméneur et Guillaume Seznec n’avaient pas un profil taillé pour un feuilleton à succès. Deux Bretons de classe moyenne, ni pauvres ni riches, attirés tout de même par le monde des affaires. L’un a réussi à se faire élire conseiller général, l’autre à échapper à la dure condition paysanne pour ouvrir un petit commerce. Pas vraiment des figures charismatiques. Ils devaient se retrouver à Paris mais Pierre Quéméneur n’y arrivera jamais. Guillaume Seznec est-il le meurtrier dans ce crime sans cadavre ?

Et le scénario s’emballe. Il est question de Cadillac que le duo devaient vendre à des Russes. Des Cadillac, marque qui claque déjà, même s’il ne s’agit que de voitures et camions retrocédés par les Américains après la guerre. Et que ces deux Bretons semblant sortir du Far-Ouest veulent vendre aux Russes, à peine relevés de leur Révolution d’octobre et qui n’ont plus de véhicules pour leurs transports. On change d’altitude.

Et voilà Seznec devant ses juges, étonnés d’apprendre qu’à deux reprises, ses commerces ont brûlé et qu’il a deux fois touché des primes d’assurance. Ça se corse. Il se défend mal, accusé notamment par l’inspecteur Bonny qui a peut-être trafiqué des preuves. Et qui plus tard, sera l’un des protagonistes de l’affaire Stavisky (une escroquerie, un suicide et la chute du gouvernement) mais qu’on retrouvera aussi, pendant la Seconde guerre, dans la sinistre troupe de la Gestapo française de la rue Lauriston. Des affaires dans l’affaire. On est loin de Morlaix à l’ombre de son viaduc.

Et puis, pour Seznec, il y aura le bagne en Guyane et tous les fantasmes qu’il suscite. Et pas seulement en France si on se souvient du succès mondial du livre Papillon et du film avec Steve Mc Queen et Dustin Hoffman. Mais comme si tout cela ne suffisait pas, il y aura la grâce accordée au meurtrier présumé, retrouvant sa liberté mais gardant son mystère jusqu’à sa mort en 1954. Renversé à Paris par une voiture qui prend la fuite… N’en jetez plus !

La réalité dépasse la fiction, comme on dit dans ces cas là. Mais tout cela ne pouvant s’achever dans la banalité et l’oubli, il y aura ces demandes successives de réhabilitation, cette remontée à la surface de l’affaire jusqu’à ces fouilles et son spectaculaire épisode morlaisien. L’os et la pipe. Il faut maintenant attendre les analyses pour si savoir ces restes sont bien ceux de Pierre Quémeneur. Si c’est le cas, qui est vraiment le meurtrier ? On est reparti pour un siècle…

René Perez
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