Aéroport de Quimper. Comme un avion sans ailes

Les vols Quimper-Paris sont suspendus à compter ce ce lundi jusqu’au 27 octobre. Deux mois sans avions pour la Cornouaille, conséquence de travaux sur la piste d’Orly argue Air-France, tandis que ceux qui connaissent l’histoire récente de la plate-forme quimpéroise savent qu’il ne s’agit que d’un épisode de plus dans le décrochage de cet aéroport. Un déclassement largement lié à la désinvolture des compagnies aériennes à l’égard de cette ligne où les annulations de vols ou les retards de trafic se sont accumulés ces dernières années, au point de dégoûter les habitués. Au moindre problème d’équipage à Paris, Quimper figure souvent dans les destinations où on pioche pour compenser, quitte à faire grimper un peu plus l’exaspération des passagers. Ils en ont eu tellement ras le hublot qu’en vingt ans, cet aéroport a perdu la moitié de son trafic passagers, ce qui n’est pas une mince performance alors que le transport aérien était en plein essor.

Il faut bien reconnaître également que le monde politique de la pointe bretonne ne s’est pas beaucoup mobilisé pour taper du poing sur la table, engagé qu’il était dans une stratégie obsessionnelle et quasi-monomaniaque en faveur du TGV. L’aérien passait à la trappe avec d’autant plus d’indifférence que les politiques répugnent parfois à prendre fait et cause pour l’aérien, apparenté à un moyen de transport pour gens aisés, au regard du TGV qui, lui, a une image bien plus populaire.

Alors certes, il y a deux aéroports dans le Finistère et nombreux sont ceux qui décrètent qu’il y en a donc un de trop. C’est oublier qu’ailleurs en France, on trouve des scénarios quasi-équivalents pour des destinations éloignées de Paris avec les aéroports voisins de Pau et Tarbes, Carcassonne et Perpignan ou avec le triangle de proximité Lyon, Grenoble, Chambéry qui n’empêche pas ces trois aéroports de bien se porter.

Et puis, question forcément prioritaire, les pépites économiques de Cornouaille auraient-elles pu se développer à ce point sans l’aéroport qui permet l’aller-retour à Paris dans la journée. La spectaculaire expansion du groupe d’assurances créée par Verlingue compterait-elle aujourd’hui un millier d’emplois à la pointe bretonne s’il n’y avait pas eu ces liaisons aériennes de proximité, pour l’encadrement de l’entreprise mais aussi pour les clients qui viennent régulièrement au siège quimpérois de cette société très développée à l’étranger ? Bolloré aurait-il autant investi, si loin des grands axes de communication ? Et toutes ces entreprises moyennes qui constituent le tissu de la Cornouaille entrepreneuriale ?

La Bretagne a depuis longtemps entonné le refrain revendicatif du TGV, au point même de faire croire à l’extérieur qu’aucun d’entre eux n’arrive à la pointe bretonne. Il va peut-être falloir mettre un bémol au regard des sommes en jeu. Pour gagner un quart d’heures, il faudrait compter plus d’un milliard d’euros. Il suffit de se référer aux travaux menées sur une partie de la ligne ferroviaire Brest-Quimper qui ont coûté une centaine de millions d’euros. Pas moins. Dans l’aérien, ce test imposé par Air-France va peut-être démontrer par l’absurde qu’il peut aussi en coûter cher à un territoire d’avoir un aéroport profilé comme un avion sans ailes.

René Perez
3 Commentaires
  1. Stéphan Julienne

    Ce qui est déconcertant dans ce dossier, c’est le silence assourdissant des politiques et autres élus de la région. Dernier point révélateur de ce manque de mobilisation : le délai annoncé par le Conseil régional pour rendre son verdict. Le 23 septembre ! Doucement le matin, pas trop vite le soir dans les bureaux de la Région…

    Quant à penser que tout pourra se mettre en place d’un claquement de doigts en quelques jours, c’est ne pas tenir compte des contraintes de planning des équipages, de la disponibilité des avions, et de toute la logistique à relancer. Bref, les gestionnaires de ce dossier sont totalement à l’Ouest, et non au service de l’Ouest. Des noms, que l’on sache qui blâmer, et pas seulement la Région en général.

  2. Frechin

    N’en déplaise à l’auteur de cet article, on peut désormais très bien faire l’aller-retour Quimper Paris en tgv dans la journée.
    Pas un mot sur l’enjeu climatique dans ce billet totalement orienté pro aérien.
    Cette pause sera l’occasion pour Verlingue et compagnie de découvrir une technique moderne qui s’appelle la visio conférence.

    • Frechin

      Quand on voit comment les dirigeants de Verlingue ont défiguré et bétonné le magnifique site protégé de Kerogan pour y construire leur siège, on comprend que l’écologie n’est pas leur priorité. Les Quimperois se souviennent des promenades agréables le long de l’odet avant l’arrivée de l’entreprise. La voiture du salarié de Verlingue s’est désormais accaparé tout l’espace, depuis le parking situé l’orée du bois jusqu’à celui de la piscine, générant bruit et pollution aux horaires de sorties des bureaux.

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