80 km/h. Les Bretons en première ligne

Le gouvernement qui s’est engagé dans une série de réformes au pas de charge, n’a pas choisi le meilleur moment pour y ajouter les 80 km/h, au lieu du 90, sur les routes secondaires. Sauf bien sûr si c’est un choix délibéré pour saturer l’espace socio-économique et atténuer l’écho de certains mouvements sociaux. Le sujet est du reste tellement sensible qu’il a provoqué le premier grand couac du gouvernement avec Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, comme inattendu allumeur de mèche. Mais que fait la police ?

On est donc maintenant parti pour une mise en application de la mesure à partir du 1er juillet, avec période probatoire de deux ans, si l’on en croit la promesse d’Emmanuel Macron. On fera le point en 2020 mais d’ici là, ce sont les Bretons qui vont être les plus impactés puisqu’ils sont statistiquement les plus grands utilisateurs de voitures.

Ce constat découle d’une étude de l’Insee selon laquelle 84,5 % des Bretons utilisent leur automobile pour aller quotidiennement au travail, contre 80,8 % en moyenne nationale, hors Paris qui présente un schéma de déplacement bien particulier. Ici aussi, les statistiques bretonnes ne sont pas homogènes puisque le ratio d’utilisation est de 79,1 % en Ille-et-Vilaine, alors qu’il grimpe à 88,5 % en Côtes-d’Armor, département le moins urbain. Pour cette même raison, les Bretons sont sur le podium, avec les Pays-de-la-Loire et la Nouvelle Aquitaine, des régions au plus fort équipement automobile. 86,8 % des foyers bretons possèdent au moins une automobile (84,2 % en moyenne nationale).

C’est bien sûr la ruralité de la Bretagne qui explique le niveau d’utilisation des voitures pour se rendre au travail. On est dans la région de France qui a l’habitat le plus dispersé, héritage d’un ancestral tissu agricole, avec tous les problèmes que cet émiettement peut générer. Mais si les Bretons ont ainsi massivement recours à leur voiture, c’est aussi parce que le réseau routier est de qualité et absorbe bien le trafic. Avec, en prime, les « autoroutes » gratuites au nord et au sud, en attendant l’achèvement de l’axe central. Ce fort ratio d’utilisation de la voiture explique aussi la raison pour laquelle la Bretagne est en pointe sur le covoiturage. Tout se tient.

La mesure va donc être mise en œuvre au 1er juillet mais le flot de vacanciers ne sera pas trop touché car il ne s’écoule sur les routes secondaires qu’en fin de trajet. Mais à la rentrée, 84,5 % des Bretons, tous ceux qui partent au travail en voiture, vont devoir un peu avancer leur réveil. C’est alors seulement que l’on pourra vraiment mesurer l’impact de cette mesure très controversée sur la vie quotidienne.

René Perez
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