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Algolesko boostée par le modèle gastro de son goémon

La pression monte pour Algolesko lorsque la mer se déchaîne au risque de tabasser la production d’algues. Sur le terre-plein de Loctudy (29), on attend que ça se passe pour aller inspecter le parc de Saccharina Latissima, la macroalgue endémique de Bretagne mieux connue sous le nom de Kombu Royal. 

Algolesko est l’histoire d’un projet d’or et d’envergure pensé par trois associés, des professionnels de la mer aux compétences complémentaires (pêcheur, ostréiculteur, spécialiste de l’eau) qui ont vu dans notre goémon, la richesse de la mer pour la terre. C’est en 2013, que la société d’algoculture avait obtenu le droit d’exploiter une zone maritime de 150 hectares des Affaires maritimes et de l’Etat.

Les caprices du « merroir » de Lesconil

Nous sommes au large de Lesconil, dans le Finistère, sur un site d’exception classé Natura 2000 contraint à bon nombre d’aléas météorologiques, où la patience est mère de toutes les vertus, et prudence, de sûreté! Arrivés il y a un an et demi, les repreneurs s’affairent à tout déceler du milieu, dont on préfère, ici, parler de « merroir » pour toutes les spécificités qui en regorgent (courantologie, température, etc) et ce afin d’honorer une demande foisonnante.

Car la production de pleine mer certifiée bio, à ce jour, taquine juste les 30 tonnes (dont moitié vendue en frais). « Nous devons parvenir à 100 tonnes l’hiver prochain », s’astreint le nouveau directeur général, Timothée Serraz pour seuil de viabilité. Devant un process de récolte qui faille encore, la société n’a pu enregistrer que le modique chiffre d’affaires de 340 000€.

Des plantules à Moëlan-sur-Mer en fin d’année

capture-decran-2019-02-15-a-16-31-33Mais on a uni les forces scientifiques pour en maîtriser et optimiser la culture, et après moult tergiversions, décision de justice a enfin été accordée à la société d’exploiter sur 207 autres hectares, à Moëlan-sur-Mer cette fois. Une exploitation progressive, et extensive, comme cela est le cas à Lesconil, sur des concessions inaccessibles aux navires, délimitées par des corps-morts (dalles posées tous les 100 mètres, à 20 mètres de profondeur) reliés à des bouées par des cordages sur lesquels poussent les algues, à 30 mètres d’écart.

Ensemencement en septembre prochain. Dénouement au printemps 2020, pour ce nouveau terrain de jeu qui nécessitera quelque travail de rassurance auprès de certains opposants et détracteurs. « Il n’ y a aucun intrant et les algues captent les nitrates pour former d’importants puits à carbone », tient à raisonner le dirigeant en vertu de l’environnement.

Le bel écho de l’algoculture et 250 000€ de subventions de la Région

Si Timothée Serraz et ses coéquipiers croient dur comme fer à l’algoculture, la Région aussi. En apportant un concours de taille, elle suit de près ce produit emblématique de Bretagne signé Algolesko. « La Région Bretagne nous a attribué 250 000€ de subventions pour la Recherche & développement », apprécie Timothée Serraz à titre d’indice de potentiel.

Bien que controversée, la culture de ces algues laminaires fait figure d’avenir. « C’est un végétal très particulier qui trouve un bel écho aussitôt qu’on l’évoque », confie Stany Guyot, responsable des ventes. « Ecoute intriguée, fantasmée » à la moindre résonance de ce produit « originel et mystérieux ».

Le Kombu Royal breton a la cote au Plaza Athénée

Proposée en frais, surgelé ou conservée dans du sel, l’algue brune au nom botanique de Saccharina Latissima, fait des émules. Dans une considération gastronome, les commandes régulières du chef 3-étoiles du Alain Ducasse au Plaza Athénée, Romain Meder, témoignent de la forte valeur ajoutée d’une d’une primeur dans l’assiette, récoltée à plus ou moins 110 jours de croissance.

Tendresse, croquant, subtilité et délicatesse assurés avec cette belle plante des océans à la couleur brun jaune et au thalle ondulé, que les Asiatiques ont en premier lieu su valoriser à bien des égards. Utilisé dans la soupe Miso, le Kombu Royal est aussi l’ingrédient phare du kombujime, cousin du sushi.

Molécule d’intérêt, la médecine chinoise ne s’y était encore pas trompée. Sur le pont, Timothée Serraz et ses confrères le savent, « c’est en grignotant du Kombu Royal qu’on se requinque ». L’algue marine est dotée d’une kyrielle d’attributs santé: oligo-éléments, acides aminés, fibres, protéines, vitamines, etc. Résultat?  « Les produits dérivés des macroalgues ont ainsi une large gamme d’activités biologiques, antibactériennes, antifongiques, antivirales, anticoagulantes, antitumorales, antimalariales, anthelminthiques, anti-inflammatoires, antiprotozoaires », décline Nathalie Bourgougnon, directrice du Laboratoire de Biotechnologie et Chimie Marines (LBCM) à l’Université de Bretagne Sud.

Largement de quoi nourrir l’intérêt (et les commandes!) des secteurs agro-alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques, sans oublier l’historique récolte de goémon dans l’amendement des sols et la production de soude.

Manon Motir
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